L’Inde en chantier international : l’autre façon de voyager
Après notre tour de France des bobos, nous dépassons cette année les frontières de l’hexagone pour faire un tour du monde façon bobo. Que ce soit pour découvrir comment vivent les bobos dans d’autres capitales (n’oublions pas que nous avons été inventés à New York) ou pour nous intéresser à des façons de voyager plus intelligentes, comme ici avec notre envoyée spéciale en Inde, Agnès Bayou ! Il nous reste encore quelques mois pour repérer un point de chute en cas de réélection de Sarkozy, qui sait…
Moi, Agnès Bayou, je confirme être une bobo de merde… Y’a plein de raisons, mais mes dernières vacances confirment tous les doutes : je suis partie faire un chantier international en Inde. C’est-à-dire que j’ai payé pour aller bosser dans une association située dans un pays du Tiers-Monde. Au lieu de profiter de mon argent pour me payer un peu de luxe et de confort, je suis délibérément partie m’enterrer dans un village, perdu dans les montagnes de l’Himalaya, à partager un dortoir avec des jeunes de tous horizons – avec coupures d’électricité constantes en option pour faire plus folklo. Et la journée, au lieu de passer ma matinée à négocier la plus grande statue de Ganesh dans la vieille ville de Jodhpur, je m’amusais à désherber des terrains et à débarrasser des barrages pour prêter main forte à des villageois.
Ca ne m’a pas empêchée ensuite d’aller voir le Taj Mahal, de partir à Amritsar voir le Golden Temple des Sikhs et de faire ma touriste en parcourant le Rajasthan. Mais pendant deux semaines, j’ai eu l’impression d’aider… Alors bien sûr, c’est dans mon intérêt ! D’un côté, je me sens spéciale, je ne suis pas une touriste comme les autres avec mon Guide du Routard sous le bras, à me plaindre de tout. Et en plus, j’apaise ma conscience, comme ça je me sens moins mal quand je traverse la ville en rickshaw et que je me retrouve frappée par la misère omniprésente.
Non, ce n’est pas de l’humanitaire, c’est du volontariat : on n’est pas obligés de partir trois mois, certaines associations vous accueillent pour deux ou trois semaines. C’est pas grand-chose, mais c’est déjà ça. C’est comme ces 6€ qu’on donne par mois à on-ne-sait-plus-quelle-asso, c’est pour mieux dormir la nuit… Mais quel mal il y a à profiter de notre confort matériel en donnant aux autres, peu importe la raison ou la contribution ?
Du coup, on se sent plus libre de partir, on justifie quelque part ce voyage dans une contrée lointaine et en développement, comme ils disent. Je profite de leurs richesses culturelles et en échange, je donne de mon temps. L’argent que j’ai donné (220€ pour deux semaines) paie en partie le logement et la nourriture (délicieuse, soit dit en passant), mais permet aussi de développer l’association. En fait, RUCHI (Rural Center of Human Interest) établit de nouveaux schémas économiques pour les villages de la région. Techniquement, ils vendent tous les mêmes légumes, donc ils s’en sortent pas et se font littéralement concurrence. Or, commander des graines pour des arbres fruitiers ou des fleurs coûte cher, et s’ils ne sont pas certains de la rentabilité, les agriculteurs ne vont pas investir pour diversifier leurs cultures. RUCHI s’associe à des villages qui deviennent des modèles pour encourager les agriculteurs de la région.
Au final, ces deux semaines m’ont coûté moins cher que les dix jours de pur tourisme.
Sur place, ça faisait un peu colonie de vacances, avec horaires aménagés. C’était certes un peu physique, à porter des cailloux et tout, mais on bossait jamais plus de quatre heures par jour. Parfois, j’aurais aimé travailler plus longtemps, faire plus…
Parce que j’ai beaucoup reçu. Sincèrement, ressentir cette solidarité ambiante, avec chacun qui veille sur son voisin… Ça sonne peut-être gnan-gnan mais ça fait du bien de pouvoir rire à des blagues qui n’ont pas pour but de blesser son prochain.
Le fantôme du colonialisme
La seule activité à m’avoir dérangé est quand on est parti une journée dans une école créée pour les enfants du bidonville de la grosse ville industrielle du coin. Là, quand la maîtresse demande à la petite fille de danser ou au petit garçon de réciter un poème pour divertir les Blancs… puis quand on les a mis en file indienne pour leur distribuer des bonbons, ça faisait vraiment colonialiste comme vision d’horreur. Pour autant, je n’ai pas été plus en contact avec des Indiens, parce que même si beaucoup dans le village ont essayé de me parler, je ne parle pas Hindi. Parfois, mon chef de camp traduisait ce que les passagers de bus essayaient de me dire, mais les seuls avec lesquels on peut communiquer sont ceux qui parlent Anglais… D’ailleurs, ce camp nous a permis d’échanger longuement avec un professeur, qui a accepté de répondre à nos questions les soirs où seule la bougie éclairait nos assiettes.
Le point positif, c’est que cette expérience a rendu les relations avec les autochtones plus sincères, parce que partout ailleurs, et d’autant plus dans les lieux touristiques, la plupart ne sont intéressés que par l’aspect financier… ce qui est complètement compréhensible, mais usant à la longue. En fin de compte, étant donné le choc culturel qu’impose l’Inde, ces deux semaines de volontariat m’ont permis de mieux l’appréhender, d’essayer de mieux comprendre. L’Inde reste un pays mystérieux, à mille lieues de ce qu’on peut imaginer, indescriptible, inénarrable. Cependant, en mettant mon doigt dans l’engrenage, je me suis sentie moins figurante dans le film qui se déroulait constamment sous mes yeux. Et si c’est être une bobo de merde que de vouloir voyager intelligemment, alors j’assume complètement.
Parlons argent :
Je suis partie avec Solidarité-Jeunesse avec des frais d’adhésion de 15€, des frais d’inscription de 135€ pour un chantier adulte à l’étranger (sur n’importe quel continent du Nord ou du Sud) et une participation de 18€ aux fonds international de solidarité (pour financer un jeune de Là-Bas à venir Ici en volontariat).
Ensuite : vols, transports, visa, assurance et vaccins sont à votre charge.
Sur place, j’ai payé 220€ à l’association RUCHI pour deux semaines de chantier. Mais d’autres assos sont plus axèes éducation qu’environnement ou rénovation.