Le bobomètre de la primaire
Lequel des 6 candidats est le plus bobo ?
De façon assez primaire, les grognards de l’UMP ne cessent de rabaisser le PS, pourtant désormais majoritaire au Sénat, à “un parti de bobos”. Alors pour prendre la droite au mot, nous avons passé les 6 candidats à la primaire PS dans notre bobomètre. Un sondage tout aussi subjectif que ceux d’Ipsos et de Sofres mais qui fait office de consigne de vote ! Alors, à qui ira le vote bobo ?
François Hollande - Candidat des villes et candidat des champs

Quand se présageait son duel avec DSK, ce “candidat des bobos” raillé par la droite, il aurait dû être en opposition avec ce style. Candidat de la France profonde, tout droit venu de Corrèze, il est couvé du regard par Chirac sous l’œil approbateur de quelques vaches. Inquiétant le pouvoir actuel par sa capacité à séduire aussi bien un électorat social-démocrate par son positionnement idéologique, que les électeurs les plus à gauche ou ces paysans qui détestent tant l’élitisme snobinard des bobos.
Avec son allure modeste, longtemps raillée par les Guignols qui le surnommaient Flamby, il rassure en promettant une “présidence normale”, une pique qui visait autant le style bling-bling de Sarkozy que les contradictions bobos de DSK.
Dukan est passé par là et une femme de chambre du Sofitel a fait le ménage pour lui, le voilà en première ligne, auréolé de sondages flatteurs et nouveau chouchou des journalistes. Rassuré, Hollande se lâche, retrouve son humour et son goût des bons mots dont raffolent les médias et délaisse son costume de père la rigueur pour promettre 60.000 créations de postes dans l’éducation. Un geste à même de séduire les enseignants, électorat bobo s’il en est.
Et si le message n’était pas assez clair, Hollande s’offre un meeting dans le 18ème arrondissement parisien, au premier rang desquels s’affiche en soutien… Benjamin Biolay ! Mais voilà, ses candidats n’ont de cesse de lui rappeler son manque d’expérience gouvernementale, trop occupé qu’il était à tenir les rênes du Parti socialiste pendant onze ans… ce fameux “parti de bobos”.
- Cote Bobo : 18/20
Martine Aubry - Quand ça veut pas, ça veut pas !

Des six, elle a incontestablement le meilleur CV. Fille de Jacques Delors, ministre de l’Emploi sous les gouvernements Cresson, Bérégovoy et Jospin, Première secrétaire du PS depuis 2008. Dur de trouver meilleure incarnation du socialisme. Elle est la mère des 35 heures, réforme démoniaque pour la droite mais paradisiaque pour les bobos, qui cumulent leurs RTT pour s’offrir jusqu’à 8 semaines de congés payés par an et un paquet de week-ends à la campagne à manger bio.
Mais si, à Martine, les bobos sont reconnaissants, c’est pour avoir métamorphosé Lille, qu’elle dirige depuis 2001. Grâce au projet Lille capitale européenne de la culture 2004, on ne compte plus les petits couples bohèmes au Tri Postal ou à la Gare saint Sauveur. Martine était donc notre candidate naturelle… mais elle n’a pas cherché à nous séduire ! C’est tout son problème à Martine : trop de naturel, pas assez de séduction…
Contrairement à Hollande ou Royal, Aubry n’apprécie que modérément la communication en général et les journalistes en particulier. Cela pourrait être une qualité mais, hélas pour elle, les bobos bossent justement dans ce domaine. Ce péché originel (qui vient du pacte avec DSK ?) a été corrigé au début de l’automne. Mais trop tard, on parle davantage de son supposé “manque d’envie” que de ses propositions (augmentation substantielle du budget de la culture, plafonnement des loyers, taxation des transactions financières, etc.).
Une erreur stratégique et un gros gâchis. Car sous le masque de la sévérité, elle est drôle notre Angela Merkel tricolore. Et pas à ses dépens comme Ségolène. Mais c’est aussi une grosse bosseuse, une qualité qui lui permettra sûrement de retomber sur ses pieds ! Et devenir le Premier ministre de François Hollande ?
- Cote Bobo : 16/20
Arnaud Montebourg - La révélation

On l’aime bien le petit Arnaud, avec ses allures de dandy qui donnent envie de lui coller une particule. On ne saurait trouver candidat qui soit plus à gauche avec pourtant l’allure d’un homme de droite. Dans l’apparence, c’est peut-être même le plus bobo de tous. Tout comme Hollande, il s’est d’ailleurs acoquiné avec une journaliste, Audrey Pulvar, symbole de la gauche bobo dans l’émission du samedi soir de Ruquier.
Sur le domaine des idées, le tableau est à nuancer. Révolutionnaire dans l’âme, Montebourg veut tout péter, de la Constitution aux systèmes financiers. On peut se laisser séduire par sa VIème République, on apprécie son combat contre la corruption et on en redemande lorsqu’il s’en prend à ce gros plouc marseillais de Guerini. Sur la démondialisation, on est plus ambigu. Comme toute idée nouvelle, elle nous intrigue et nous intéresse et il a au moins le mérite de ne pas ressortir les vieilles recettes des années Jospin. Mais après tout, pourquoi changer complètement un système dans lequel les bobos se sont si bien épanouis ?
Montebourg nous agace et nous séduit car il nous met face à nos propres contradictions : sur le papier, c’est tentant mais dans la réalité, on a peur d’y laisser un peu de notre confort quotidien.
Alors, on l’écoute attentivement lors des débats de la primaire en se disant qu’il mérite une place de choix si la gauche l’emporte en 2012 mais le bobo est pragmatique et veut justement gagner. Et pour ça, il a bien conscience que Montebourg est trop clivant pour la présidentielle…
- Cote Bobo : 12/20
Ségolène Royal - Tatie Danielle

Aahh Ségo ! On l’aimait bien au début… Une femme présidente, pensez donc, ça faisait rêver dans les lofts ! Et on avait tellement peur que la gauche ne soit pas au second tour en 2007. Face à Fabius et DSK, elle en avait de la gueule ! Elle est même venue chanter la sérénade sous les fenêtres de Bayrou pour que tous les bobos se prennent par la main…
Et puis voilà, quand Chirac tirait de tous les côtés, ça restait dans la chambre, avec Royal, ça se passe devant les micros et dans son programme. Faire bouger les lignes, d’accord, mais pour aller où, au final on ne voit plus très bien, comme avec ses centres militaires pour jeunes délinquants. A trop courir après Sarkozy, ils ont fini par se prêter leurs idées.
Toute à sa “bravitude”, notre plus belle histoire avec Royal n’a pas fait long feu. Elle a bien senti que les bobos commençaient à se détourner et elle a tout tenté pour ne pas nous perdre. Elle a eu beau convoquer tous nos artistes pour un concert au Zénith, ses ridicules imprécations fraternelles en tunique bleu et bouclettes nous ont fait de la peine plus qu’autre chose.
Entre temps, Aubry est arrivée, alors retour aux fondamentaux : look mémé pour faire sérieux, mise en avant de son bilan local avec le Poitou-Charentes, “première région écologique d’Europe” (appellation d’origine pas vraiment contrôlée d’ailleurs) et du vert à toutes les sauces. Et si elle s’était trompée de primaire ? Trop tard, le mal est fait et on pouvait l’entendre ronchonner dans son coin lorsque les autres candidats parlaient, surtout Hollande. On ne sait pas quel match joue Royal, mais ce n’est pas celui de 2012.
Malgré tout, rien n’est joué et si son décalage avec les élites et sa manie de les prendre systématiquement à rebours lui donne des allures de fake, cela semble aussi lui conférer une popularité qui nous dépasse. Symbole d’une cassure entre les classes, Royal est peut-être finalement devenue la candidate anti-bobos. C’est aussi un atout…
- Cote Bobo : 8/20
Manuel Valls - Le petit DSK

On reproche souvent à Martine Aubry le pacte de Marrakech, selon lequel elle ne se serait pas présentée si DSK n’avait préféré disséminer son patrimoine au Novotel plutôt qu’entrer dans l’histoire à l’Elysée. Mais on ne reproche jamais à Valls d’avoir pourtant mis sa candidature entre parenthèses quand DSK planait dans les sondages. Son soutien à l’ancien patron du FMI était plus que logique tant le positionnement très social-libéral de Valls se rapproche de celui de son mentor.
Ainsi, Valls s’est totalement démarqué du projet socialiste, au point de lutter parfois seul contre tous. Il dénonce la création des 300 000 emplois d’avenir préconisée par ses camarades et défend la TVA sociale : des divergences qui donnent des cartouches à l’UMP pour dézinguer le PS.
Manuel Valls est-il vraiment socialiste ? L’intéressé a fait les yeux ronds quand la question lui a été posée lors des débats. Pourtant, à vouloir importer en France le blairisme, le peuple de gauche se divise sur le cas Valls. Car oui, en bons bobos, nous naviguons dans cette contradiction de vouloir vivre opulents dans un pays à l’économie florissante mais qui possède des mécanismes pour protéger les plus démunis.
En défendant le mariage homo, Valls pourrait nous convaincre tout à fait. Mais voilà, (dans une nostalgie mitterrandienne ?), nous aimons la gauche qui sent bon le stand de merguez à la sortie des meetings, se rappelle Jaurès, se soucie des chômeurs lorrains et des associations venant en aide aux sans-papiers qui bossent dans les cuisines de nos restos tendances du canal Saint-Martin. Or, Manuel Valls n’incarne pas assez ce côté là qui plait tant aux bobos, peuple de nantis emplis de culpabilité et de réussite.
- Cote Bobo : 6/20
Jean-Michel Baylet – Le Tonton de province

Jean-Michel Baylet est une pièce rapportée. Invité par politesse pour montrer que cette primaire était celle de toute la gauche, et pas que celle des socialistes, ce grand communicant a répondu présent !
Avec son accent rocailleux, il fait entendre une voix dissonante et une approche plus provinciale des enjeux de 2012. Clairement différent des autres, il manque de sérieux quand il parle de la crise économique, des banques, de la fiscalité et des relations internationales. Baylet répète ce que disent ses camarades mais y ajoute une pointe de bon sens… Avec un côté café du commerce, dont il défend d’ailleurs volontiers le tenancier en voulant alléger les charges patronales ou ne pas augmenter le SMIC. Bref, Jean-Michel, c’est le plus “France d’en bas” de la famille, le Jean-Pierre Pernault de la gauche.
C’est aussi le roi de la déconne quand il déclare son envie de légaliser le cannabis, mais pour être honnête on s’attendait à ce qu’il soit plus LOL Jean-Michel. Il semble fatigué.
Baylet est comme notre Tonton Pascal de Bagnères-de-Bigorre : on se parle mais nous ne nous comprenons pas vraiment. Il a beau croiser des bobos dans quelques-unes de nos adresses toulousaines, nous ne vivons vraiment pas dans le même monde, lui et nous. On est toujours content de le voir, le temps d’un week-end familial car il est sympa et met de la bonne ambiance, mais on est soulagé quand ca s’arrête et qu’il redescend dans le Sud.
- Cote Bobo : 0, comme ses chances d’être au second tour.
B. & B.