Larry Clark en couverture de Libé, pour ou contre ?
Depuis ce matin, la couverture de Libération fait le buzz avec la photo de Larry Clark dont l’exposition parisienne est interdite aux moins de 18 ans. Certains s’enthousiasment face à la provoc de Libé, d’autres conspuent le buzz facile, mais le débat est lancé. Faut-il jeter la couverture aux toilettes ou la photo mérite-t-elle de sortir les Kleenex ? Nous avons demandé à deux bobos, invités réguliers de ce blog, Nathalie & Jonathan, de donner leur avis bien tranchés…

POUR : Jonathan
Jonathan tient un de nos blogs préférés, AlloTendance (également sur Twitter) et a publié une superbe série de dessins bobos ici-même. Il travaille dans la mode auprès d’un créateur et photographe, vous pouvez aussi le suivre sur son twitter personnel.
Libération, le plus grand quotidien de gauche de ce pays, fait l’objet ce matin d’une polémique. La question du jour, purement existentielle pour les 90% des lecteurs du journal, a sûrement fait le tour de la plupart des pauses café&cigarette : suis-je pour ou contre la photo de couverture du quotidien ?
Sans aborder le sujet de l’article concernant l’interdiction aux mineurs de visiter l’exposition, je mettrais ma main au feu que ce qui crée le problème dans cette photo de couverture est le bout de pénis apparent, un des rares tabous persistants de la publicité et la communication - aujourd’hui, après des années de matraquages de seins, de fesses et même de vagin pour les sécheresses intimes de la gente féminine, il est tout à fait normal de voir en une d’un magazine santé une femme complètement nue. Dans le cas de Libération, nous sommes dans un contexte totalement différent, où la question de la nudité ne devrait même pas choquer, le sujet est la photographie artistique et la vrai question à se poser est : « Jusqu’où puis-je tolérer l’art ?».
Il est à mon sens aujourd’hui plus choquant qu’un magazine people classe Justin Bieber dans les mâles sexy sur la plage plutôt que de créer un scandale autour d’une photo représentant la vie au quotidien car oui, mesdames et messieurs, les adolescents ont des relations sexuelles consentantes.
La morale de l’histoire : Interdire une exposition contenant de la nudité et de la drogue aux mineurs est certes plus facile et moins couteux que de mobiliser les parents sur la pornographie et la violence en ligne.
CONTRE : Nathalie
Nathalie est une blogueuse nomade, même si on peut la retrouver sur Heaven Can Wait. Elle est un peu à Bobodemerde ce que Maryse est au TéléShopping : elle essaye et essuie les plâtres : la première à faire un bobocast, la première à faire une chronique ici, la première à participer à ce débat… Elle travaille dans la publicité, et est très active sur Twitter.
Allez, allez, je vais probablement prendre une volée de bois vert parce que la vieille réac en moi est encore sortie de son placard. Du moins, ça va être interprété comme tel, je ne me fais aucune illusion.
À la maison, j’ai le fameux bouquin sur les couvertures de Libération, je l’aime, il est beau, elles sont belles, elles ont marqué ma vie, et longtemps, j’en ai eu quelques-unes accroché dans la cuisine. Symboliques, fortes, tout un art de parler d’un événement avec classe et style. Mais celle de ce matin…
J’avoue, je coince complet face à cette couverture de Libération, avec évidemment, la belle photo en noir et blanc et un sous-titre très gros, mais alors très gros
Larry Clark censuré
Interdit aux moins de 18 ans
(Achetez-moi, achetez-moi !) ça, c’est mon rajout hein…
J’ai rarement vu aussi racoleur dans ce journal. Ce n’est pas qu’ils traitent le sujet qui me pose problème, entendons-nous bien. Ce n’est pas, qu’apparemment, la décision les scandalise, non plus. C’est juste que là, j’ai vraiment eu l’impression qu’on m’attrapait par le col, qu’on me mettait de force le nez dans la couverture et qu’on me prenait en otage. J’ai eu aussi le sentiment que la direction de Libé avait surfé sur ce qu’ils abhorrent sur le net, le mal, le diable, le buzz…
Cette couverture est racoleuse. La photo ne me choque pas, c’est l’ensemble qui est terriblement vulgaire. Vulgaire parce que s’abaissant à des méthodes qu’Entrevue ne renierait pas.
Mais pour ce que j’en vois, des Inrocks qui font de la mode et de la news, Libé qui se la joue Entrevue, notre presse française flirte honteusement avec le marketing, on attend avec impatience que Le Figaro plonge avec délices dans le créneau de Closer. On va se marrer…
Un débat qu’on vous invite à poursuivre en commentaires…