Ces Adoptés qui nous divisent
Mélanie Laurent est passée derrière la caméra. Son premier film, Les Adoptés, sort en salle aujourd’hui. Nous l’avons vu et nous en sommes sortis partagés. L’un aime, l’autre pas.

- POUR
Il faut du temps pour se débarrasser de Mélanie Laurent dans le premier film de Mélanie Laurent. Celle qui se définit elle-même comme une actrice bobo, a plutôt eu tendance à nous agacer en révélant une susceptibilité à fleur de peau à l’occasion de la sortie de son album. Dès lors, comment estimer objectivement son film, Les Adoptés, sans être parasité par l’image publique de la réalisatrice ?
En endossant le rôle de Lisa, une jeune mère célibataire, jalouse et possessive lorsque sa soeur, Marie tombe amoureuse de son nouveau mec Alex, on peut légitimement se laisser agacer par le côté tête à claques du personnage, capable de faire la gueule parce que Marie zappe le traditionnel brunch familial du dimanche (que celui qui a dit cliché se manifeste de suite !).
Tout au long du film, c’est tout l’esprit bobo que l’on retrouve : une mère (Clémentine Célarié en blonde) qui vit dans un loft, une soeur libraire, l’autre luthière et chanteuse, des appartements entre pièces Habitat et meubles vintage, un Moleskine qui traîne à l’occasion et des références culturelles évocatrices distillées à foison. Un univers familier qui aide à rentrer dans le film, même si l’on a l’impression que ces clichés ont aussi gagné le synopsis des Adoptés, où l’on retrouvé toutes les recettes du cinéma d’auteur français.
Un peu prévisible mais après tout, assez efficace, on se laisse porter par le film en sachant très bien où il nous amène. Les Adoptés n’est pas un grand film mais ce n’est pas un mauvais premier film. On y trouve même des choses très intéressantes qui dessinent une certaine touche Mélanie Laurent. Ce qu’elle évoque comme “des petits riens qui ne constituent pas le film mais qui construisent son ambiance, sa matière, son sens”.
Parfois, la réalisatrice tombe à plat dans une utilisation abusive du flou, même si elle prétend apporter ainsi un recul qu’on n’aurait pas sur une image classique. Mais généralement, on apprécie un sens de l’esthétique très fort sur certains plans, qui ne durent parfois que quelques secondes mais illuminent tout le film. Comme cette petite voiture délaissée sur un carrelage en mosaïque. Une belle image. C’est aussi ça le cinéma.
Bobo Bix
- CONTRE
N’ayant rien contre Mélanie Laurent, je suis allé voir son premier film comme réalisatrice sans aucun a priori. Rassurons d’entrée tout ceux qui aiment tant détester le comédienne, elle est assez en retrait de son propre film.
En effet, Les Adoptés est l‘histoire d’une famille (de filles) fusionnelle. Tout tourne autour de sa sœur interprétée par Marie Denarnaud et de la recomposition de cette tribu après sa rencontre avec l’homme de sa vie joué par le trop méconnu Denis Ménochet. On se réjouit de la (bonne) idée d’avoir confié le rôle de la mère à Clémentine Célarié qui sait être touchante quand elle a un rôle consistant. Dans cet arbre généalogique, Mélanie Laurent n’a pas forcement le beau rôle : elle brille surtout par son immaturité.
Autre surprise, la comédienne-réalisatrice a cherché à styliser son film graphiquement en soignant l’image, en lui donnant une patte. Mais le problème c’est que ce genre de procédé fonctionne sur un clip de 4 minutes, moins sur un film de 90 minutes. Du coup, le flou de Mélanie Laurent est vite épuisant. Pire, il contribue à gâcher les quelques scènes importantes du film déjà bien alourdies par des dialogues mièvres.
Son scénario a le même problème, il est vite à bout de souffle et, seules d’énormes ficelles scénaristiques vues et revues dans tous les films français sont utilisées pour nous maintenir réveiller en alerte. Le récit est une succession de clichés dans lequel se cache une insupportable une série de clins d’œil au public bobo (il y a inévitablement un brunch, toutes les cinq minutes on entend parler d’un auteur de littérature anglo-saxonnne inconnu et les références cinématographiques sont très maladroites ). Ce genre d’effet miroir qui nous insupporte. J’ai moi aussi des sœurs qui ont des problèmes de filles pour ne pas avoir envie de les retrouver au cinéma !
Au bout du compte, il ne reste pas grand chose à un film qui se cherche beaucoup, et ne nous trouve jamais. Avec Les Adoptés, Mélanie Laurent voulait montrer ses tripes. Mais avec ce film assez insipide, pas sûr, au final, qu’elle enlève le vernis de superficialité qui lui colle à la peau…
Bobo Ben