Shame : Gloire à Michael Fassbender 
Les affaires Tron, et surtout DSK ont révélé au grand jour une addiction honteuse et pourtant loin d’être rare : l’addiction sexuelle. Depuis, journalistes, psys et médecins y vont de leur analyse. C’est dans ce contexte que s’apprête à sortir Shame, le deuxième film de Steve McQueen.
Le réalisateur met en scène Brandon (Michael « Graouw » Fassbender), un trentenaire newyorkais, cadre et addict aux plaisirs de la chair. Tout y passe : coup rapide avec une inconnue dans une ruelle sombre, films porno, masturbation dans toutes les pièces de son appartement – ou les toilettes de son bureau, prostituées etc. Mais qu’est-il arrivé à Brandon ? Quels traumatismes a-t-il pu subir ? Bonne question. Ou interrogation légitime, du moins. Mais inutile de chercher une réponse. Steve McQueen dresse un portrait glaçant d’un personnage dont on ignorera tout ou presque jusqu’au bout. Bien que bouleversé par l’arrivée de sa sœur, qui tente d’établir un lien, une communication avec lui, Brandon reste froid. Et sa seule tentative pour créer l’ébauche d’une relation affective sera un échec cuisant qui le conduira jusqu’aux plus scabreuses profondeurs de son addiction. Impossible pour lui de créer des liens. Cette incapacité à la vie sociale est renforcée par la quasi absence de dialogues, souvent remplacés par de la musique. Lorsque les mots sont inutiles, ou lorsqu’ils ne suffiraient pas, à quoi bon les prononcer ? C’est dérangeant, bouleversant même, tant la plupart des scénarii actuels tendent à développer – parfois à outrance – la psychologie des personnages.

Très vite, une quinzaine de minutes suffisent, pour que surgisse sur Brandon l’ombre menaçante de Patrick Bateman, le serial killer héros d’American Psycho, de Bret Easton Ellis. Même appartement soigneusement aménagé, mais froid et impersonnel, même rapport boulimique au sexe, même froideur extrême. Les meurtres en moins. Mais le sentiment d’inconfort face à ce qui se déroule sous nos yeux reste le même, mêlé à une fascination coupable.
Et, me direz-vous, un personnage aussi étrange ne qu’être incarné par un acteur de génie. Vous avez raison. C’est même grâce à la performance de Michael Fassbender que Brandon risque bien d’entrer au Panthéon des Grands Malades du Cinéma (classement tout à fait personnel mais dont, j’en suis sûre, vous saisissez bien le sens). L’acteur auréolé de succès et couronné de nombreux prix pour son rôle dans Hunger en 2008 (déjà de Steve McQueen), déroule ici une performance toute en force et en retenue, en violence contenue sous une apparente décontraction. Et lorsque la bête se déchaîne, dans les scènes de sexe ou de disputes avec sa sœur, la puissance physique de l’acteur traverse l’écran pour vous frapper en plein plexus. Celui que l’on verra bientôt chez Cronenberg, Soderbergh, Ridley Scott et Jarmush fait définitivement partie des grands.
Ajoutez à cela des trouvailles de montage et un travail sur le son particulièrement soigné et vous obtiendrez le film coup de poing de cette fin d’année.
Cécile Guthleben

Shame de Steve McQueenAvec Michael Fassbender et Carey MulliganSortie le 7 décembre

Shame : Gloire à Michael Fassbender

Les affaires Tron, et surtout DSK ont révélé au grand jour une addiction honteuse et pourtant loin d’être rare : l’addiction sexuelle. Depuis, journalistes, psys et médecins y vont de leur analyse. C’est dans ce contexte que s’apprête à sortir Shame, le deuxième film de Steve McQueen.

Le réalisateur met en scène Brandon (Michael « Graouw » Fassbender), un trentenaire newyorkais, cadre et addict aux plaisirs de la chair. Tout y passe : coup rapide avec une inconnue dans une ruelle sombre, films porno, masturbation dans toutes les pièces de son appartement – ou les toilettes de son bureau, prostituées etc. Mais qu’est-il arrivé à Brandon ? Quels traumatismes a-t-il pu subir ? Bonne question. Ou interrogation légitime, du moins. Mais inutile de chercher une réponse. Steve McQueen dresse un portrait glaçant d’un personnage dont on ignorera tout ou presque jusqu’au bout. Bien que bouleversé par l’arrivée de sa sœur, qui tente d’établir un lien, une communication avec lui, Brandon reste froid. Et sa seule tentative pour créer l’ébauche d’une relation affective sera un échec cuisant qui le conduira jusqu’aux plus scabreuses profondeurs de son addiction. Impossible pour lui de créer des liens. Cette incapacité à la vie sociale est renforcée par la quasi absence de dialogues, souvent remplacés par de la musique. Lorsque les mots sont inutiles, ou lorsqu’ils ne suffiraient pas, à quoi bon les prononcer ? C’est dérangeant, bouleversant même, tant la plupart des scénarii actuels tendent à développer – parfois à outrance – la psychologie des personnages.

Très vite, une quinzaine de minutes suffisent, pour que surgisse sur Brandon l’ombre menaçante de Patrick Bateman, le serial killer héros d’American Psycho, de Bret Easton Ellis. Même appartement soigneusement aménagé, mais froid et impersonnel, même rapport boulimique au sexe, même froideur extrême. Les meurtres en moins. Mais le sentiment d’inconfort face à ce qui se déroule sous nos yeux reste le même, mêlé à une fascination coupable.

Et, me direz-vous, un personnage aussi étrange ne qu’être incarné par un acteur de génie. Vous avez raison. C’est même grâce à la performance de Michael Fassbender que Brandon risque bien d’entrer au Panthéon des Grands Malades du Cinéma (classement tout à fait personnel mais dont, j’en suis sûre, vous saisissez bien le sens). L’acteur auréolé de succès et couronné de nombreux prix pour son rôle dans Hunger en 2008 (déjà de Steve McQueen), déroule ici une performance toute en force et en retenue, en violence contenue sous une apparente décontraction. Et lorsque la bête se déchaîne, dans les scènes de sexe ou de disputes avec sa sœur, la puissance physique de l’acteur traverse l’écran pour vous frapper en plein plexus. Celui que l’on verra bientôt chez Cronenberg, Soderbergh, Ridley Scott et Jarmush fait définitivement partie des grands.

Ajoutez à cela des trouvailles de montage et un travail sur le son particulièrement soigné et vous obtiendrez le film coup de poing de cette fin d’année.

Cécile Guthleben

Shame de Steve McQueen
Avec Michael Fassbender et Carey Mulligan
Sortie le 7 décembre