Les cornes du bobo

Les bobos ont bon dos ! Souvent dépeints comme de faux bohèmes et vrais bourgeois, en une décennie d’existence du terme, pris entre deux feux, les bobos ont régulièrement été critiqués comme source de nombreux maux. Des plus révolutionnaires à l’extrême gauche aux plus réactionnaires à l’extrême droite, les bobos sont toujours coupables. Coupables de quoi ? Ca varie selon les points de vue, mais le bobo n’a pas traîné à se détester lui-même, longtemps inconscient de sa condition et ses contradictions. Le statut de victime lui est plus rarement accordé, et le “paradoxe du bobo” développé par Luc Ferry dans la vidéo ci-dessus en est d’autant plus original et intéressant.

Les bohèmes sont les cocus de l’histoire, le bras armé de l’épanouissement du monde bourgeois, du monde capitaliste, de la mondialisation libérale. (…) Les bohèmes ont servi la soupe aux bourgeois pour permettre l’épanouissement du monde de l’hyper-consommation.

Ainsi, en prônant des valeurs bohèmes tout en tenant à un niveau de vie bourgeois, le bobo est devenu la victime consentante du capitalisme. Post-soixantehuitard, il a oeuvré à la déconstruction des valeurs traditionnelles. Luc Ferry prend l’exemple du samedi après-midi mais l’on pourrait aussi évoquer le dimanche où le brunch a remplacé la messe. La spiritualité a laissé la place à la consommation, profitant du rejet massif des religions.

En s’affranchissant du carcan bourgeois, le bobo a permis son épanouissement et se retrouve aujourd’hui bien embarrassé sur certaines questions comme l’ouverture des magasins le dimanche, ou celle des jours fériés soulevée par Eva Joly. Dans la théorie, elle est en adéquation avec les valeurs de ces nouvelles classes moyennes. Dans la pratique, elle les met au pied du mur. “Je me suis rendue compte que j’ai atteint mon seuil de tolérance”, confiait récemment une ancienne bobocastée.

Coupable ou victime ? Ni tout blanc, ni tout noir, l’installation du bobo dans le paysage tend à permettre la prise de conscience de son paradoxe et de ses propres contradictions. Les désaccords entre gauche bobo et gauche prolo n’ont jamais été aussi vifs, notamment sur le sujet de La gauche et la préférence immigrée soulevée par Hervé Algalarrondo (Editions Plon). Signe des temps : les classes moyennes percent comme sujet important dans la campagne présidentielle. Le bobo achève sa mue et s’émancipe, quitte à assumer ses cornes.

Bobo Bix