De nouveaux bobos dans les journaux…

Peu de mots se sont installés aussi rapidement et durablement dans le langage courant que le mot “bobo”. Dix ans après sa création, le terme inventé par David Brooks à New York s’est aussitôt propagé de notre côté de l’Atlantique. Bien-sûr Renaud a écrit une chanson éponyme, des livres et bd l’ont repris, mais il n’y a pas comme la presse pour l’utiliser si fréquemment que nous avons depuis longtemps cessé de relever systématiquement ses moindres occurences dans les papiers des journalistes. Mais cette semaine, plusieurs parutions s’intéressent plus profondément aux bobos et les éclairent sous un nouveau jour.

La grève dans la distribution des kiosques parisiens vous auront aussi peut-être fait râter l’avant-dernier numéro de Courrier International dont la couverture se penche sur Le Phénomène hipster : “décalés, esthètes, écolos, nomades, geeks”. Des mots clés proches des nôtres, et les pages intérieures ne disent pas le contraire. Tout comme celui de bobo, le terme hipster a été utilisé initialement comme insulte et les deux “prennent part à un mouvement de gentrification, d’embourgeoisement, des quartiers populaires”. Le portrait qui en est fait ressemble d’ailleurs étrangemment au nôtre, serait-ce juste une nouvelle façon de nommer un phénomène qui existe déjà ? Non, “d’un point de vue démographique, les hipsters sont la version jeune des bobos”, le pouvoir d’achat en moins, probablement un peu plus bohème que bourgeois mais cela serait probablement pour “contrebalancer l’infériorité temporaire de leur statut social par rapport à celui des bobos”. Pour Courrier International, les hipsters seraient ainsi les vingtenaires avant de devenir des bobos entre 30 et 40 ans. Un point de vue que nous ne partageons pas forcément car le magazine oublie de préciser une autre différence de taille. Quand le hipster s’inscrit dans un mouvement de contre-culture et rejette tout ce qui est populaire, le bobo ne stigmatise pas nécessairement le mainstream et ne résistera pas longtemps si la qualité est là, nous n’avions ainsi pas hésité à vous conseiller Des hommes et des dieux ou même, Toy Story 3.

Bobos et hipsters ont néanmoins en commun la revendication d’une certaine idée du cool. Pour Vivre Paris, qui nous consacre un sympathique portrait dans son dernier numéro, nous évoluons ainsi “entre deux tendances, hype et bourgeoisie”, une “branchitude calculée” qui fait de notre communauté de bobos de merde “l’incarnation du mode de vie urbain moderne” et de ce site “une vitrine de la gentrification”. Cette tendance à l’embourgeoisement interpelle aussi le magazine Télérama avec un cas concret, celui de Belleville, sur lequel l’hebdo se penche dans le cadre de son numéro spécial villes. Le journaliste y analyse la boboïsation du quartier, qui doit composer avec son métissage ancien, dessinant “un genre de Brooklyn parisien”.

Cette gentrification, on la retrouve également dans le magazine Ideat qui consacre plusieurs sujets aux bobos, “la nouvelle modernité”. Ils n’oublient pas de rappeller que nous avons, avant tout, “le goût de ce qui est bon et beau, rassurant et écologique”. Pour la défricheuse de tendance, Elizabeth Leriche, “être bobo, c’est donc opter pour un certain désordre poétique, une sorte de rébellion maîtrisée avec une vision assez élitiste de l’art de vivre”. Un bobo ++ donc, probablement un peu plus bourgeois. Plus assumé ? Pas sûr, dans le même dossier, lorsque le journaliste demande à la patronne des magasins Antoine & Lili, ainsi qu’à Vanessa Bruno, si elles sont bobos, toutes deux n’assument qu’à moitié, prennent leur distance avec le côté bourgeois, avouent carrément qu’il leur pose problème ! Cocasse, alors qu’on ne fait sans doute pas plus bobos qu’eux, et que la première partie du mot leur est même sans doute prépondérante à celle de bohème. Toutes deux ont pourtant la même clientèle, qu’Ideat décrypte comme les nouveaux consommateurs du luxe et nommés comme les “nouveaux bobos” par le sociologue Michel Maffesoli : “les codes du luxe qu’ils se sont appropriés ont peut à voir avec ceux (…) de leurs parents (…). On peut dépenser beaucoup mais de manière beaucoup plus décontractée et surtout avec un rapport à l’argent complètement décomplexé”.

Une théorie que l’on fait nôtre avec ce site dessinant, au fil des semaines, un rapport moins coupable à notre condition sociale, assumée et revendiquée. Hipsters ou nouveaux bobos, peu importe le nom : dix ans après, une nouvelle génération émerge. Quand on vous dit que nous sommes tous des bobos de merde…

Bobo Bix