La Semaine de Stephen

Quand la porn culture se la donne bobo, ça donne Stephen, alias Gonzo, ingénieur du son et rédac chef du Tag Parfait. Pas toujours les mains sur le dernier Dorcel mais parfois aussi sur les platines du Floréal, Stephen est notre invité sur le blog ce dimanche pour nous livrer sa semaine 100% bobo après Nathalie, Elodie, Alexis, Guillaume, Pierre-Francois et Simon.

Je commence la semaine en me remettant difficilement du week-end passé. Pigalle et ses bars de nuit où tu trouves difficilement ta place, soirée La Frange au Panic Room, Loft immense et fou dont je n’ai aucune idée de qui était le propriétaire, me rappelant juste d’avoir perdu minable au baby foot dans un salon tellement grand que ça en était indécent. Je me dis que mes achats au Comptoir de l’Homme sont vraiment une bonne chose. Soins sérieux pour homme qu’ils disent sur l’emballage, serious business d’essayer de ressembler à quelque chose quand ta peau décide de rejouer son adolescence. Je tente un dej’ dans un lieu bobo avec un gars de chez Dorcel, mais apparemment mes adresses sont toutes pourries car c’est devenu un bistrot tenu par des chinois. Ou alors je suis encore moins à jour sur la branchitude. Bref, on finit par taper le tartare au couteau au Bredant, en lieu sûr.

Retour en vélib, forcement, un pote m’attend pour une dégustation de thé japonais. En bon dealeur de délices, il ramène un thé d’ombre, du Gyokuro Hikari (disponible au Palais des Thés), laiteux, rond, épais, l’iode, les coquillages, la vie. Un bonheur distillé à coup de Coltrane et Georges Russel, échange de bon procédé, lui au goût, moi au son. On se finit avec du Ryogöchi Yabukita Shincha. Je pleure juste sur la fin de mon pot de Brandy Butters, va falloir retourner à la Grande Epicerie rapidement.

Le lendemain, RAS chez les bobos, je bosse en studio à Denfert Rochereau, j’irai bien défoncer quelques huitres à la poissonnerie rue Daguerre, mais le temps joue contre nous. Ça sera la brasserie du coin. Je rentre un peu naze, je passe la soirée sur le canap à pianoter sur ce nouveau MacBook Air dont je suis si fier.

Mercredi, on reprend les mêmes et on recommence, sauf qu’on rajoute l’option enregistrement d’enfants, la tête farcie après une journée de boulot un peu tuante, je fonce faire n’importe quoi dans ma cuisine et je repars direct au Motel siffler un bloody mary en compagnie de quelques élements du Tag Parfait. On prépare en ce moment la V2 du site, on pose nos couilles sur le comptoir, elles se reflètent dans nos Léon des Bois, on est bien entre hommes.

Jeudi, on continue le travail, une pause déj au On Cherche Encore où la carte change continuellement, menu à 15 euros plus que raisonnable sachant que le chef ne se fout pas de ta gueule. On est en territoire bobo calme, limite à se demander où on va pouvoir ranger la poussette dans quelques temps. En rentrant on passe devant le déjà très courtisé Dauphin, nouvel établissement monté par la clique du Chateaubriand, à coup sûr l’endroit où il faudra se montrer en mode tapas moderne et belle carte de vins. C’est la Cave du Daron en face qui doit tirer la tronche.

Le soir, programme chargé. On a rendez vous au Secret Square pour le bal des débutantes mais avant on passe faire coucou au set de Megadesh’ au Floréal. Petite ellipse offerte par la RATP et nous voilà au bar du Secret Square, Lagavulin en main. En face, une barre et 9 candidates dont deux lectrices fidèles du Tag Parfait. On agite les drapeaux tout en se rinçant l’oeil sur l’orgie de femmes sublimes qui nous entoure. Je commence à avoir de plus en plus chaud sous ma veste, le cerveau en fusion je m’accroche à mon 16 ans d’âge d’Islay comme à un rocher dans la tempête. Les résultats tombent… C’est donc Angélique qui gagne, fan du Tag, on applaudit bien fort et la malice continue. On a du mal à partir, hypnotisés par le décor, la Cène version lapdance. On promet d’y retourner, dans le taxi qui me ramène j’ai la tête qui fond en repensant à ce que j’ai vu. Ce soir là, petite insomnie et des rêves de cul, l’impression d’être enfermé dans The Big Butt Book fraichement livré en express par Amazon la veille.

Vendredi, toujours la même chose, ça bosse sec pour Naïve Jeunesse. Le déj se fera au Floréal, la cantine de Goncourt, pour manger un de leur cheeseburger, puis on retourne au turbin. On finit tard, mais c’est pas grave, la baronne de Rotschild a organisé un pince-fesse bien sympathique, le Bordeaux est à l’honneur. Je pars pas trop tard, un petit saké froid de chez Issé avant de rejoindre Oberkampf et ses bars de Babylone. Le taxi qui m’emmène m’ambiance à coup de Ferre Gola, mes early years dans le sound game me rattrape, je suis si heureux qu’il aurait pu me faire trois tours de periph. Arrivé sur place, je croise deux crack-heads qui sont placés sur orbites, ça doit être les gardiens du temple de la désolation, à l’intérieur de la Mercerie, je me demande ce que je fous là. Je m’éclipse tranquillement pour d’autres aventures du côté de chez moi. Impossible de dormir sans écouter 10 fois le nouveau Snoop Dogg, Wet ; la prophétie autoréalisatrice.

Samedi, comme j’ai été raisonnable la veille, je me lève anormalement tôt pour ce jour de repos. Je passe par le Café Crème pour un double expresso avec une amie. Quand je rentre chez moi je constate que le frigo ressemble au désert de Namibie. Direction le Monoprix où je tente de cumuler le maximum de Smiles avec ma carte, ça sert à rien mais ça me rassure quand j’achète tous les derniers produits que Monop’ me fourre sous le nez. Je suis une vraie putain, je prends tout ce qui passe. Grosse réflexion dans le choix de pâtés pendant que les premières notes jingle de Datarock résonnent, vas-y mets moi tout, ça me saoule de choisir. La soirée avance on descend des Pilsner Urquell en matant de la merde et en le live twittant. On se demande si Nikos va reformer Kyuss, mais apparemment il préfère sautiller sur M. Pokora. On enquille sur une soirée dans le Xe, retour au petit matin par le canal, j’ai froid aux pieds.

Stephen Des Gonzo
Photo : Claire Naslot