La Semaine d’Olivier

A trop travailler dans le marketing web, on risque de devenir bobo et geek à la fois, se retrouvant même à mettre des hashtags dans les SMS sur son iPhone comme si l’on était sur Twitter. C’est un peu le cas d’Olivier qui nous livre sa semaine en plus de 140 signes. On peut aussi le retrouver sur son blog Telling Stories et il prend ici la suite de Nathalie, Elodie, Alexis, Guillaume, Pierre-Francois, Simon et Stephen !

La semaine s’achève. Je lutte pour fermer ma valise pour un départ demain. Une nuit, une journée, mais 25 kilos de bagages autorisés. Pourquoi se refuser un tel luxe quand la semaine s’achève ?

Cette semaine, c’était la bonne. Une quasi-intégrale intra-muros, profitant du fait que mon meilleur ami et sa femme (oui, amoureux, donc mariés, donc parents donc exilés en banlieue…) sont absents. Je n’aurai pas à subir les affres du TER pour aller les voir. J’espère quand même qu’ils m’enverront une carte postale rédigée au pied des pistes entre le vin chaud et la raclette. Sur ce, rétrospective d’une semaine plus que #bobodemerde, une semaine où on évite les soirées où « tout le monde va » pour rester avec les gens qui seuls comptent pour moi. C’est joliment tourné mais le ressort est le même. De l’égoïsme…

Lundi. Les semaines commencent systématiquement avec la même pensée. Celle que les plus grands plans machiavéliques de génocides de l’Histoire ont dû se fomenter dans les transports en commun. Post-nuit blanche hebdomadaire, j’erre un peu, comprimé dans le métro, furieux de ne pas pouvoir dégainer mon livre. La vielle devant moi m’envoie des coups de canne dans les jambes mais je ne riposte pas, me souvenant des paroles sages de ma mère « Ne tape pas les vieilles, si tu les casses, tu devras les payer comme neuves ». Une journée mal commencée, du boulot par-dessus la tête mais le soir approche. Ma meilleure amie ne l’est pas par hasard et au-delà de toutes les autres, sa principale qualité est d’être férue d’ œnologie. C’est donc sans scrupules que j’annule « plan A » et « Plan B » pour me réfugier chez elle déguster tout ça. J’ai raté le retour de Top Chef et les ex-stars de la TV réalité qui ont bien occupé ma timeline mais c’est pour la bonne cause.

Mardi. J’ai beau adorer mon travail, je ne l’ai pas choisi qu’en fonction du poste mais aussi parce qu’il revêtait de nombreux avantages. En premier lieu, les annonceurs intramuros sont rares. Ensuite, combien peuvent se vanter d’être à la croisée d’un Starbucks, d’une librairie (autre de mes dépendances), d’un ciné et d’avoir un pub au rez-de-chaussée de leurs locaux ? L’inconvénient, c’est que des rituels s’installent vite. Le « Grande Moka à emporter sans crème fouettée » du matin que je n’ai même plus besoin de commander (a minima ça me fait au moins un mayorship de Foursquare dont je suis indétrônable même quand je prends de longues vacances au bout du monde) et le « Ok, je descends mais juste un verre » de 20h qui étonnamment se termine toujours vers 00h44 quand on réalise subitement que le lieu s’est vidé et que les serveurs nous contemplent oisivement, cachés par une forêt de pieds de chaises retournées sur les tables… On est faibles mais ce qui est rassurant c’est que même avec les gens que l’on voit 10h par jour au boulot, on a encore des choses à se raconter.

Mercredi. Je n’ai qu’un « Plan A » pour le soir, je déteste ça. Depuis que j’ai réussi un jour à me retrouver sans rien à faire parce qu’une soirée avait été annulée au dernier moment, je suis devenu adepte de la théorie du back-up. J’en viens parfois à maudire les mails et les portables. Au moins, avant, on ne pouvait pas joindre les gens au dernier moment pour les planter, il fallait assumer ses engagements. Démotivation pour plan A… Je n’aurais pas été dans l’ambiance (faute à une sortie un peu tardive du boulot) de toute façon…
Fabrication de plan B, (comprendre s’inviter chez un ami accueillant pour la soirée) pour l’occasion. Je râle devant twitter parce que le jeu de mots « C’est la St Chandler » m’exaspère mais surtout parce que j’ai oublié qu’il fallait des crêpes. Rien à faire, aucun site n’en livre…

Jeudi. Ça fait au moins 5 jours que je n’ai pas mangé japonais. Heureusement, ça a l’air de s’organiser ce soir ce qui va me libérer de ma crise de manque On se retrouve au Nagoya à Montparnasse. Ce n’est pas le meilleur ni le plus confidentiel (pour avoir les secrets des meilleurs restaurants japonais de Paris, il faut s’en remettre aveuglément @InFredwetrust) mais la carte offre un vaste choix, les entrées sont à tomber et c’est central. C’est devenu un QG à force d’aller s’y amuser. S’y amuser car à chaque fois c’est un sketch, jamais le vin que l’on veut, les serveurs qui ne nous comprennent jamais et … moment de honte, les tables voisines qui nous fusillent du regard… C’est bon, comment pouvait-on s’imaginer que notre conversation sur la coproculture allait gâcher le dîner de la table voisine où un couple d’amoureux n’osait même pas s’échanger un regard par notre faute. On était certes un peu bruyants mais pas mal intentionnés. Juste quatre amis qui avaient eu une longue journée et pas mal d’anecdotes de collègues à dévoiler…

Vendredi. J’ai tellement Friday-wearisé les autres jours que je ne sais pas quoi rajouter pour faire plus le vendredi au travail… C’est à chaque fois casual mais très travaillé. Même ma montre-calculatrice Casio bleue ne perturbe plus mes collègues. Il va falloir que je pense à autre chose pour à nouveau surprendre les collègues, en particulier depuis qu’on m’a piqué les lacets de couleur…Au moins il me reste le Nabaztag jamais branché et amputé de ses oreilles qui trône sur mon bureau. Les hésitations du matin (et les 2 heures de sommeil en 3 nuits) me font perdre tellement de temps que je dois faire face à un choix cornélien entre le Starbucks et la ponctualité… Comme je déteste être en retard, ce sera à l’heure mais de mauvaise humeur que je me pointe à la réunion de 9h30… Soulagement quand j’imprime mes billets pour mes déplacements à venir. Pour une fois j’ai pris mes billets dans le bon sens. Pour une fois, ça change. Je cède et accepte une soirée chez une collègue parce qu’elle a promis de faire des mojitos et que j’ai une réputation d’expert du domaine à tenir. A 23h, je mentionne, inconscient, plein de sagesse que je dois rejoindre une autre soirée. Sous la vindicte, je cède et décide de rester une demi-heure de plus. Dix minutes plus tard (me semblait-il), je regarde ma montre… 4h… Nouvel aveu de faiblesse. Traquenard.

Samedi. Il devient urgent de me de-bieberiser (référence des moins de 15 ans) ou pour les plus âgés, de me débarrasser de cette coupe de playmobil qui devient incoiffable. Fort de mes 7 heures de sommeil en 3 nuits, je me traîne chez le coiffeur dont je siffle les réserves de café avant de rejoindre @FlorianC et @laristocraft pour un verre au bar du Radisson. J’ai toujours aimé les bars des hôtels. C’est confortable et même si les fauteuils immenses empêchent d’être physiquement proches, le calme de l’endroit permet de discuter sans hurler. Le mojito en revanche ne me laissera pas un souvenir impérissable… On s’update sur nos vies avant de se séparer. J’ai cette semaine à raconter et ma valise pour demain à faire.

Une semaine sans « événements », sans grosse « soirées » mais de temps en temps, leur tourner le dos pour voir ses amis les plus proches, c’est encore plus bobodemerde.

Olivier Sédille