Adrienne Pauly : “Je ne suis pas folle”

“Rencontrer Adrienne Pauly est une expérience unique…” C’était en novembre 2007, nous le pensons toujours et ne nous en remettons pas. “La chanteuse arrive en retard au rendez-vous fixé. Emmitouflée dans un épais manteau, les cheveux en pétard, elle répond à nos questions sans même se débarrasser de ses deux gros sacs.” A l’époque, nous étions installé au Chai de l’Abbaye, rue de Buci. Aujourd’hui, cela aurait probablement lieu au Germain, juste en face. A l’époque, Adrienne Pauly chantait J’veux un mec et se préparait pour son live à l’Elysée Montmartre. Aujourd’hui, le titre revient régulièrement dans nos iPhones ou dans celui d’autres bobos modeux. Entre temps, nous avons fait L’amour avec (des) con(s), nous nous sommes demandés Pourquoi, ce qui nous a laissés un Méchant Cafard

Parce que les souvenirs ne font pas de mal sur le net où tout va si vite, parce que nous attendons impatiemment qu’Adrienne Pauly (que l’on a pu voir récemment dans le dernier Chabrol) sorte un nouvel album, parce que ce fut l’une des premières collaborations de vos deux bobos préférés (la première était pour un candidat à la présidentielle amoureux des tracteurs), parce que la playlist de Jonathan nous a refait penser à cette interview et parce qu’on en a envie (on est quand même sur notre blog, non ?), nous ressortons nos archives et partageons avec vous une rencontre comme on les aime…

Votre album est sorti il y a tout juste un an, comment s’est passée cette année ?
Très « charrette » comme disent les américaines. Je suis passée par tout un tas de phases. D’abord, je me suis confrontée à ce monde de bêtes, une vraie jungle. Puis je suis passée par le stade de la promo qui n’est pas forcément un plaisir. Il y a  plein de règles à comprendre. J’ai utilisé une doublure promo, qui a un air un peu plus vide que le moi. Et ensuite, j’ai fait une tournée … 4 mecs dans un camion… vraiment super. 

Un bon souvenir, cette tournée ?
La tournée m’a fait entrer dans un monde en mouvement et ça a été un choc. J’ai été prise dans une tourmente à laquelle je n’étais pas habituée parce que pendant 4 ou 5 ans j’étais au chômage un peu honteuse… A un moment, j’en ai eu un peu marre parce que j’étais la fille toute seule. Il y a eu des périodes de grande dépression à pleurer tout seule dans son lit. « J’en ai marre, je veux aller faire des confitures ! ». Mais maintenant, ça va. 

Et là, vous êtes vidée ?
J’ai surtout mis toute mon énergie dans les concerts et donc j’en ai plus trop pour écrire des chansons. Mais non, je ne suis pas vidée. J’ai tout de même réussi à faire de nouvelles chansons pour mon concert parisien. Elles seront sur un nouvel album, qu’on va sans doute enregistrer en mars pour le sortir à la rentrée. 

Vous étiez comédienne avant de chanter. On a l’impression que vous attachez beaucoup d’importance à la mise en scène de vos textes ?
Ce qui me plait dans la chanson, c’est me dédoubler en faisant quelque chose de plus marrant… De fuir ce monde de brutes tout en le voyant. Et, puisque ses chansons sont des histoires - même s’il y a forcément des choses issues de la réalité - il faut en faire des fictions un peu mises en scène !

Quand on parle de vous, beaucoup de monde dit « elle est complètement barrée »…
Je n’ai pas du tout l’impression d’être folle. Pour moi, c’est le monde qui est fou. Je comprends qu’on ait parfois l’impression que je suis un peu agitée mais je ne rajoute rien, j’aimerais bien passer inaperçue même. Je peux avoir l’air folle mais je ne me trouve pas folle. 

Le serveur apporte un café allongé à Adrienne Pauly et deux verres de vin blanc pour nous.

Je comprends pourquoi vous n’êtes pas fous, c’est parce que vous êtes complètement alcooliques… Je suis devenue folle le jour où j’ai ouvert les yeux : ce monde rend fou. Quand on est sur scène, c’est le lieu où l’on peut sortir tous ces monstres que l’on a en soi. Dans la vie, j’aimerais bien passer pour plus normale même si des fois j’ai l’air un peu agitée. 

Votre public se retrouve-t-il dans votre « agitation » ?
Quand je dis dans Nazebroke que je comprends qu’il y a quelqu’un qui rentre en moi et m’oblige à regarder la TV, je pense que tout un tas de gens comprennent ça… Vous avez vu comment je suis là ? Avec mes cheveux coiffés n’importe comment et mes sacs ? Je n’ai jamais le temps de rien ! Quand on est dans une rêverie et qu’on est en même temps de traverser une rue, on peut éventuellement se faire renverser. Pour moi, ce qui a été dur c’est de faire le lien entre mon côté rêveur et la réalité. Si on veut fonctionner, il faut quand même s’organiser un peu. Et ça je pense que tout le monde est un peu pareil… 

Vous jouez sur votre image de décalée et pourtant vous êtes bien insérée dans l’industrie du disque. Vous êtes chez Warner, vous collaborez avec M… Vous sentez-vous à l’aise dans l’industrie du disque ?
Pas du tout, je n’ai jamais été à l’aise, même pour jouer la comédie… Je ne voulais faire que des rencontres superbes, comme pour Chabrol même si ce n’était qu’un petit rôle, j’étais contente quand même… Un univers qui m’amuserait un peu… Quand j’ai commencé à rentrer un système de TV, je n’arrivais plus à articuler deux mots, je perdais tous mes castings et je me suis retrouvé au chômage. Mon disque, je ne l’ai pas fait comme j’ai voulu exactement mais c’est normal, c’est souvent comme ça les premiers disques, c’est une façon de voir. 

La Star Ac vient de commencer. On vous voit mal dans ce programme…
J’ai fait Drucker deux fois, je peux bien faire la Star Ac ! Du moment que je chante ma chanson et pas une reprise, ça peut être marrant… La promo télé, on est là pour vendre un disque : au début, je le prenais pour une corvée mais finalement, il ne faut pas prendre ça trop au sérieux. 

Vous faites partie de la nouvelle scène chanson française ?
Non, pas du tout ! Je connais des filles comme Emily Loizeau ou Rose. Mais, je ne me reconnais pas dans leur travail et j’espère pour elles qu’elles ne se reconnaissent pas dans le mien. 

Votre univers est assez proche de celui de Juliette Gréco…
Ce n’est pas moi qui me réfère à Juliette Gréco, je ne l’ai jamais écoutée même si je trouve que c’est une fille qui avait une personnalité, du chien, mais elle ne m’a jamais touchée. J’aime beaucoup Frehel, qui faisait partie des chanteuses qu’on dit réaliste mais c’est des histoires d’amour qui partent dans un délire qu’on ne peut pas dire réaliste. C’est des histoires d’amour graves et romantiques qui deviennent tellement délirantes que ça finit par être drôle et libérateur.
Une fille comme Catherine Ringer a dû écouter des chansons comme ça, ça devient quelque chose d’un peu baroque. Ce n’est pas du théâtre grec mais il y a un côté un peu délirant. Mais les gestes avec les mains que Juliette Gréco fait avec les mains, j’ai toujours trouvé ça un peu trop figé, très années 50… Mais c’est surtout parce que je suis brune, je m’habille en noir et je suis pâle de peau. 

Pouvez vous nous donner des nouvelles de la poupée gonflable avec qui vous posez dans le livret du disque ?
On me l’avait envoyée par La Poste, je l’ai renvoyée… Elle ne bougeait pas du tout, et ne voulait pas me prendre dans les bras… Un vrai mec, c’est mieux ! Vous allez où maintenant, vous êtes motorisés ? 

Non, on est Vélibisés, vous ne prenez pas de Vélib ?
Je n’ai jamais pris de Vélib de ma vie, c’est trop dangereux ! J’ai peur de me prendre un arbre dans la tête. Dans la fumée d’un pot d’échappement, je pourrais me perdre et confondre ça avec des nuages…

Bobo Ben & Bobo Bix