A Lyon, les bobos font la guerre des quartiers

Après Lille, notre tour de France dominical des bobos de Province s’arrête ce dimanche à Lyon, sans doute la ville la plus bobo de France (peut-être même avant Paris). Pour preuve, c’est là que sont nés l’icône Benjamin Biolay et les Vélib’ (enfin les VéloV). A Lyon, la question n’est pas de savoir qui est bobo et qui ne l’est pas mais ou sont les vrais. Enquête de notre correspondant Julien Peres.

Lyon veut son OL land, pourtant les gens ici connaissent déjà Boboland. Inutile donc de demander où se cachent les bobos : ils demeurent partout. Loin de l’image biaisée qu’il est donnée de la ville, Lyon sidère par son particularisme : ici, Bobo ne rime pas avec ghetto… ou presque.

Bien-sûr, il y a ceux qui vous diront que la Croix-Rousse est le quartier bohème friqué pour faire son marché. Bien-sûr aussi, il y a ceux pour qui Lyon s’arrête à la lisière du 1er et du 2ème arrondissement, ceux-là ont uniquement écouté Lyon presqu’île de Benjamin Biolay et pensent avoir trouvé leur QG. Ceux-là ne traînent aussi que sur le groupe Facebook « Je ne suis pas Lyonnais, je suis presque îliens », groupe uniquement dédié à ceux qui ne connaissent pas Lyon hormis ces deux arrondissements situés au cœur de la ville, entre deux rives… Mais ceux-là ne sont pas vraiment bobos.

Croix Rousse, 1er ou 2ème ? Même dilemme ; passée la fin des années 90, si certains ont connu la fuite des cerveaux, ici ce fut la fuite des bobos. Depuis ? Cherchez, cherchez, cherchez encore, vous ne trouverez plus de lieu ghetto bobo.

La Croix-Rousse ? Le quartier bohème de luxe historique ? Un quartier agréable, populaire, surtout dans les livres d’histoire à cause de la révolte des canuts, devenu aujourd’hui le passage obligé des artistes recherchant une nouvelle adolescence dorée, mais qui semble avoir perdu de sa superbe. Un peu comme quand Nicolas Bedos nous déclarait « St. Germain ? Quand j’y passe j’ai l’impression de retourner à Neuilly. » Oui, la Croix-Rousse est devenue bourgeoise…

Quant à la presqu’île, il y a ceux qui croient encore qu’elle était inévitablement bobo. Boutiques de luxe, grands magasins, places guindés… Un moment qu’elle était déjà passé de l’autre côté (sauf pour les amoureux de Benjamin Biolay).

Non, pour trouver le bourgeois bohème de 2020, chasser le hipster du XXIème siècle, il faut certainement se balader entre Saxe, Guillotière et Gambetta. Ici, friches, immeubles encore peu habités, maisons d’angle pas rénovées et boulangeries de quartier laissent peu à peu suggérer que le bobo vient s’y s’installer. Le prix du mètre carré a commencé à grimper, et, signe qui ne trompe pas, les jeunes graphistes ont racheté des locaux désaffectés… C’est ici que l’on veut un hangar qui ressemble à une fin de soirée au Sonar, un 7 h du matin deep, entre new-wave Detroit techno, et Acid house revisitée.

Dans quartier très populaire pourtant -  qu’Alain Finkelkraut aurait bien volontiers qualifié de pas très français… - aucun lieu de sortie à l’horizon ! Un bobo sans soirée peut-il exister ?

Oui, car Lyon avait déjà tout pensé. Si le Velib’ n’est qu’une pâle copie du veloV (à prononcer Vélové, ça fait toujours plus sno-bo) que les Parisiens n’ont pu que très mal imiter, le VeloV a vite trouvé ici sa clientèle… la structure de la ville, où les points phares peuvent vite se rallier, aidant fortement.

Pour sortir pas besoin donc d’attendre le premier métro de 5h, de prendre un taxi avec douze potes pour moins dépenser, il suffit juste d’un coup de VeloV…é. Pour sortir aussi, ne jamais oublier que le mieux à Lyon est de flâner, car au détour d’une traboule, vous tomberez certainement sur un endroit très bobo.

Julien Peres

Les bobos repaires lyonnais