Mélanie Laurent, grandeur et décadence 

Il y a cinq ans à peine, Mélanie Laurent irradiait. Dans Je vais bien ne t’en fais pas de Philippe Lioret (qu’ironie du sort, France 3 diffuse ce soir), la comédienne, déjà aperçue dans Embrassez qui vous voudrez et De battre mon cœur s’est arrêté, trouvait le rôle dont rêvent toutes les aspirantes comédiennes. Le temps d’une séance de 2 heures, elle se faisait un nom et un place dans le cœur des Français (et allait recevoir quelques semaines plus tard le César, mérité, du jeune espoir féminin).

Dans ce film faussement mainstream (900 000 entrées à l’époque), plus profond qu’il ne parait, elle joue une jeune fille tout-le-monde confrontée à la disparition mystérieuse de son frère jumeau. On a tous été touché par la comédienne (photographiée ici par l’excellent Olivier Roller) devenue, d’un coup d’un seul, la coqueluche du cinéma français.

Mélanie Laurent enchaîne alors les tournages prestigieux avec Cédric Klapisch (Paris) ou Radu Mihăileanu (Le Concert). Elle joue, délibérément, davantage la carte grand public que celle du cinéma d’auteur, créant du coup une filmo sans risque et un peu décevante… Mais son petit look très Maje/Sandro/APC/et compagnie, en font l’incarnation de la parisienne de base, voire même une icône bobo que l’on croise, de temps en temps, à la Palette avec son copain de l’époque Julien Boisselier et ses potes du 7e art. Bref, il fut une époque pas si lointaine, où Mélanie Laurent, un poil surcotée, faisait l’unanimité à Paris. Et on trouvait peu de gens pour oser une critique.

Et puis un jour, Quentin Tarantino l’a choisie pour jouer une petite frenchie dans Inglourious Basterds, qui est loin d’être le meilleur film du cinéaste (pour ne pas dire son plus mauvais). Pour être honnête, Mélanie n’y est pas vraiment terrible. Mais après tout, Brad Pitt non plus. Les critiques commencent à fuser, d’autant que beaucoup jalousent cette participation.

C’est le moment où elle décide de passer derrière la caméra et, surtout, de pousser la chansonnette sous le patronage de Damien Rice, son nouveau boyfriend. Le touchant chanteur irlandais l’a aidé à écrire quelques chansons. Le résultat, l’album En t’attendant, sort le 2 mai (et déjà en digital). Pour l’écouter depuis 3 semaines, En t’attendant n’est certes pas l’album du siècle mais il est assez attachant. Et, si vous aimez la chanson française, plutôt réussi (et bien plus audible que le dernier Charlotte Gainsbourg, cqfd).

Depuis quelques semaines, la comédienne, qui s’est risquée au Printemps de Bourges, doit faire face à des critiques de plus en plus violentes. Certes, elle monopolise les médias (deux films en salles depuis janvier, un album et un rôle de maitresse de cérémonie à Cannes). Elle a asséné pas mal d’âneries dans les magazines et a affiché, sur de nombreux plateaux de télé, l’assurance de ceux qui ne se prennent pas pour de la merde. Elle a même osé faire son coming-out de bobo dans l’Express, ce qui reste mal vu dans un pays en crise.

Et là c’est le drame… Visiblement à cran face à ce revirement critique et ce changement de statut, la Mélanie a fait the boulette. Dans une rencontre a priori tranquille avec le public à Bourges, elle a critiqué internet et Facebook. Filmée par le site Leberry.fr, la séquence a évidemment fait le tour du web et déchaine les passions. Pour laisser passer la tempête, la comédienne devrait se faire plus rare mais, manque de chance, elle est en tournée donc plus exposée que jamais. Elle va devoir serrer les dents et être habile pour redevenir l’icône bobo qu’elle était jadis et oublier cet excès de rage, tout aussi injustifié que ce concert de louanges qui avait accueilli la sortie de Je vais bien ne t’en fais pas. Il y a 5 ans à peine.

Bobo Ben