Strasbourg, camp retranché de bobos
Après Lille et Lyon, notre tour de France dominical des bobos de Province s’arrête ce dimanche à Strasbourg. Derrière les murs austères des institutions européennes et les banlieues championnes de France d’incendies de voitures, se cache une communauté d’irréductibles bobos comme nous l’explique notre correspondant dans la région, Mounir Belhidaoui.

Une ville où se prend l’essentiel des décisions européennes, déterminant ainsi le devenir d’une communauté non-négligeable de 27 pays, ne vibre, a priori, pas au rythme du rock&roll. Et pourtant, n’en déplaise aux parisiens snobinards, Strasbourg est une île bobo, tonifiée par un melting-pot culturel.
On trouve essentiellement les bobos dans des cafés, proches de la place de la République, comme le “Snack Michel” ou la “Taverne française”, rendez-vous des étudiants amateurs de bons vins et de bonne bouffe. La grande place Kléber, où repose la tombe du général français s’étant illustré lors des guerres de révolution, fait figure de passage pour ces bobos pressés, faisant une halte à l’Aubette, centre commercial abritant un bar branché au même nom, idéal pour un before entre ami(e)s, et plus si affinités.
Une nuit très sollicitée
Après avoir assisté à la dernière de Fin de partie de Beckett qui clôt la saison du TNS, on veut sortir pour se réveiller. Oui mais où ? Le cheminement du bobo contemporain voulant découvrir les merveilles de l’autre ville lumière peut vite se transformer en véritable cauchemar tant la ville dort passé 23h30. Pour trouver des traces de vie la nuit, il faut aller rue de l’arc-en-ciel, proche de la place Saint-Etienne. On peut s’aventurer au “Phonographe”, un bar au nom très kitsch et vintage diffusant jusqu’à tard dans la nuit de délicieuses musiques soul, electro, funk et parfois les trois en même temps. Le Raven, place du corbeau, très sollicité par nous autres, est un lieu très fréquenté, proche des quais mais aussi du centre-ville, ce qui permet un rapide changement d’avis lorsque l’on veut aussi changer d’endroit.
Shopping et culture
Côté shopping, le bobo-homme ou la bobo-girl trouvera facilement chaussure à son pied, ou pantalon à ses jambes. En effet, on trouvera, rue de la mésange, jouxtant la place centrale de l’homme de fer, la kyrielle de magasins obligatoires : Zadig et Voltaire, The Kooples, Sandro (et un eram ?)… Dans des immeubles de granit symbolisant la facture néoclassique de la ville, figurent ces grandes enseignes, où des femmes graciles et des hommes aux cheveux longs, garant leurs Vespa lustrées et saluent immanquablement le directeur, histoire de montrer que vraiment, la bobo-attitude strasbourgeoise est un microcosme.
Un microcosme où tout le monde se connaît, se rencontrant dans les mêmes lieux, y compris au Living Room, rue des balayeurs, symbole de la branchitude strasbourgeoise. Un microcosme certes cultivé, d’origines diverses, fréquentant les librairies, dont l’historique Librairie Kléber, celle qui a vu passer en quelques années les plus grands écrivains et scénaristes français, eux-mêmes bobos (Houellebecq, Beigbeder, Guy Bedos …), allant, pour les plus studieux, à la Bibliothèque Nationale Universitaire, au cœur de la place de la République, faisant face à un parc qui, lui, est de moins en moins fréquenté par nos bobos.
Culturellement, historiquement et écologiquement de gauche, Strasbourg est une enclave singulière dans la dernière région de droite. Preuve que ses habitants ne réagissent pas comme leurs voisins alsaciens. Surement parce qu’ils sont, eux-aussi des symboles du phénomène de gentrification. Comme quoi, même géographiquement éloignés de la capitale, les Strasbourgeois ne sont pas si différents des Parisiens.
Mounir Belhidaoui
Les bobos repères Strasbourgeois
- Bar-before : Le raven
- Salon de thé : Au fond du jardin
- Café : Le gayot
- Brunch : L’atelier du grand-père
- Resto : Chez Yvonne
- Hotel : L’hôtel de la cathédrale