Télérama fête ses 60 ans ! L’occasion pour le magazine de donner carte blanche à Philippe Starck, qui, dans un numéro exceptionnel de 230 pages, le 30 juin, imaginera la culture de demain. L’occasion pour les éditions des Arènes de sortir une anthologie culturelle en deux volumes reprenant les publications de Télérama les plus marquantes ces 60 dernières années, dans le domaine de la culture et des médias (extraits du volume 1 et du volume 2 à feuilleter en ligne). L’occasion pour nous de réaffirmer notre amour pour ce magazine et de nous rappeler comment il nous a aidés à devenir bobos…
Pour beaucoup, on ne naît pas bobo, on le devient. Si Benoît est évidemment l’antithèse de cette théorie, j’en suis la preuve flagrante. On peut se demander comment l’on devient bobo (pas vous évidemment, mais ma mégalo-bobo se le demande elle) lorsque l’on est basque, que l’on grandit dans une ville communiste du Sud-Ouest de la France, que l’on ne loupe jamais les fêtes de Bayonne et qu’on n’a jamais mis les pieds chez H&M… Télérama est la réponse.
Lorsque l’on est gosse et que tout ce que vous avez le droit de regarder à la télévision se limite à Nulle Part Ailleurs et quelques rares émissions de Canal Plus, l’arrivée de Télérama, chaque mardi sur la table basse du salon, s’annonce comme une fenêtre ouverte sur le monde. Le moyen d’être informé de tout ce qui compte dans cette lucarne inaccessible, sans même l’allumer. Cela laisse des traces, aujourd’hui, comme beaucoup de bobos, la plupart abonnés à Télérama, je n’ai pas de télévision et suis pourtant au fait de l’actu des médias. Les avis Chrétiens-Médias me terrorisaient, me faisant imaginer (ne me demandez pas pourquoi) un espèce de Raspoutine de la censure. Aujourd’hui retirés du magazine, il n’en reste pas moins proche de la gauche chrétienne. Les mimiques d’Ulysse influençaient le choix des films que mes parents m’amenaient voir dans le cinéma d’art et d’essai. Et ce n’était même pas la peine que je songe à demander l’autorisation de voir tel ou tel film s’il n’avait pas minimum deux T ! Je me précipitais sur la chronique d’Alain Rémond en face de la troisième de couverture, qui me faisait beaucoup rire, et j’ai beaucoup regretté son départ, semblant annoncer le début de la fin, jusqu’à ce que je découvre Marie Colmant.
Télérama est parfois trop académique dans ses goûts culturels, assumant clairement son élitisme tout en parlant de culture autrement, sans se préoccuper de la pression commerciale pouvant entourer certains artistes. Mais je préférerai toujours ce léger snobisme à la dérive des Inrocks, souvent victime de sa propre marque et de sa notoriété bobo, pour mettre en couverture certains artistes, même lorsque leur nouvelle création n’est pas à la hauteur. Télérama ose des unes différentes, que l’on ne retrouve dans aucun autre magazine aussi grand public, il faut chercher du côté de Libé pour retrouver la même audace. Avec des angles originaux pour leurs papiers, on ne peut que se réjouir de la présence de Télérama dans le paysage médiatique français et de sa pérennité, surtout lorsque l’on voit la une de L’Express cette semaine, digne d’un people.
Télérama a fait de nous des bobos de merde. Merci et bon anniversaire !
Bobo Bix