Le réveil bohème de Bordeaux
Après Toulouse, Lille, Lyon, Strasbourg et Nantes, notre tour de France dominical des bobos de Province s’arrête ce dimanche à Bordeaux. Longtemps les Bordelais sont passés pour des bourgeois froids et hautains. Depuis le renouveau de la ville (pilotée par l’équipe d’Alain Juppé), Bordeaux est devenue plus rock and roll. et cela n’a pas échappé aux Parisiens qui ne rechignent plus à s’arrêter boire un verre sur les quais sur la route d’Arcachon ou de Ferret. Petit tour d’horizon des incontournables repères bobos par notre correspondant Aurélien.
Comme les autres grandes villes de Province, la « Belle Endormie » n’échappe pas au phénomène de gentrification. Celui-ci est accéléré par le grand plan de rénovation lancé voici plus de dix ans. Inutile ici d’évoquer l’effet tramway qui a modifié profondément la physionomie de l’agglomération bordelaise et de ses quartiers, et d’insuffler un renouveau dans toute la ville. Un réveil qui (hasard ou conséquence directe ?), coïncide avec l’émergence des bobos.
Les Chartrons (tendance bobo archi, bobo graphiste, bobo à vélo…)
Le quartier emblématique des Chartrons a nettement bénéficié de cette nouvelle vague. A l’origine quartier anglais de négoce au XVIIIème siècle, puis plus récemment quartier portuaire plus ou moins recommandable, le quartier des Chartrons est devenu un quartier à la mode, au point peut être de détrôner le quartier bohème historique qu’est Saint Pierre.
Les Chartrons, c’est surtout la rue Notre Dame (en cours de rénovation d’ailleurs) connue à l’origine pour ses antiquaires qui périclitent peu à peu pour laisser place à des cafés, et autres boutiques affreusement bobos ! On aime se retrouver le midi à la pause déjeuner au bistro anglais Paul’s Place pour déguster des plats anglais dans un univers un tantinet désuet et jazzy. Mais également à la Bocca, une épicerie fine italienne, où il est de bon ton de se montrer le midi entre deux cours de marketing ou de com’ interne. Effectivement, les Chartrons abritent depuis quelques années écoles de commerces assez cotées, et autres écoles d’attachés de presse ou de graphisme pour ne pas les nommer.
Le paradoxe de ce quartier est qu’il ne se passe plus grand-chose le soir venu. A part peut être sur la place éponyme ou subsistent des petites halles qui accueillent régulièrement des expositions et autres manifestations culturelles. Ce ne serait sans oublier que Radio Nova, la tant regrettée ex-Sauvagine absorbée par la radio parisienne, a ses studios place des Chartrons…
- La Bocca
- Paul’s Place
- La vie en rose
- Fête du vin nouveau (généralement fin octobre)
- Le CAPC
- Le marché du quai des Chartrons le dimanche matin (passage obligé, si vous vous revendiquez officiellement « bobo »)
Saint Michel : quartier populaire et bigarré bientôt plus qu’un lointain souvenir ? (tendance bobo intermittent du spectacle, bobo musicien, bobo altermondialiste, José Bobové…)
Le futur plan de rénovation de la place Saint Michel ne plaît pas à tout le monde… Les fouilles archéologiques préalables au début du chantier ont à peine commencé que certains s’inquiètent du futur visage du quartier, de son aseptisation et sa boboïsation proches… Le prix du foncier a nettement augmenté et des mauvaises langues affirment déjà que cette rénovation n’est faite que pour attirer les Parigots lorsque Bordeaux ne sera plus qu’à deux heures de TGV de l’Île de France…
Actuellement le quartier Saint Michel est un joyeux brassage bigarré, surtout le dimanche matin, pour qui apprécie la brocante, le marché aux puces ou les pâtisseries marocaines… MAIS surtout l’authentique et incontournable marché des Capucins, sérieux concurrent de son homologue des Chartrons !
La particularité de Saint Michel est que ce quartier s’est toujours démarqué du reste de la ville. Déjà d’un point de vue sociologique et démographique, mais peut être aussi politique. Les « Indignés » locaux ont élu domicile au pied de la Flèche Saint Michel avant d’être délogés par la municipalité.
Enfin, certains lieux underground (la défunte Politique notamment !) ont également connu leur heure de gloire à Saint Michel. Qui n’a pas entendu parler de la nouvelle scène rock bordelaise !? Des groupes locaux commencent à connaître une petite renommée nationale, sur les braises encore fumantes de feu Noir Désir… Si vous n’avez jamais entendu parler de Kid Bombardos ou de Pendentif par exemple, c’est que vous êtes ringard ou que… Vous ne lisez pas les Inrocks…
- La place Ste Croix : le TNBA, le Conservatoire, le Café Pompier, les Beaux Arts…
- La brasserie et brocante éponyme « Le Passage »
- Les petits restos de la halle des Capucins
- La rue Camille Sauvageau et donc Le Samovar entre autres
- Los Dos Hermanos
Autres lieux bobos : certains déjà un peu surfaits, d’autres à découvrir !
Au-delà de la frontière virtuelle qu’est le cours Victor Hugo (les locaux comprendront) existent deux places « bobo » emblématiques de Bordeaux, qui sont envahies les soirs d’été et, d’hiver même !
* La place Fernand Lafargue elle aussi rénovée il y a peu, est un concentré de repères bohèmes. Le Santosha (restaurant asiatique), le bar l’Apollo ou le japonais haut de gamme Moshi Moshi (si votre carte bleue est bien entraînée…). Mais le top du hype c’est quand même de finir sa soirée dans le troquet du coin : le bar du Chalet, encore dans son jus, vieilles croûtes accrochées aux murs, comptoir en formica, avec ses piliers de bar abonnés au lieu depuis 30 ans au moins.
* La place Camille Jullian « CaJu » pour les intimes, et son ancienne église Saint Siméon reconvertie en cinéma « d’art et d’essai » militant et bien pensant : j’ai nommé l’illustre Utopia ! Ce cinéma au passage a détrôné le cinéclub historique Jean Vigo tant regretté, à tel point que celui-ci a dû fermer il y a quelques années (seuls subsistent les excellents Cinésites). Bref, si vous aimez signer des pétitions pour les sans papiers ou contre les OGM avant d’aller voir un ennuyeux et soporifique Somewhere de Sofia Coppola, ce lieu est fait pour vous. Soit dit en passant, le Jean Eustache à Pessac c’est quand même mieux. Mais ! Car il y a un « mais »… C’est en banlieue ! Quelle horreur !…
- La rue du Parlement St Pierre (le bar la Comtesse, le restaurant le Petit Commerce, le Milo’s)
- La rue du Parlement St Pierre (le bar la Comtesse, le restaurant le Petit Commerce, le Milo’s)
- La place Ste Colombe (L’oiseau Cabosse) et la place du Palais
- La rue du Loup (Le Dick Turpin’s, Funky Burger)
- Les commerçants de la rue Saint James (prononcer à la française)
Le cas du Cap-Ferret (bobos pieds nus, bobos en vareuse et bobo Bartherotte)
Cet article ne saurait être exhaustif sans évoquer… LE Cap Ferret ! Naguère presqu’île quasi sauvage, parsemée de pins et de cabanes d’ostréiculteurs, le Cap Ferret est devenu le lieu de villégiature par excellence des bobos. Ce n’est pas le phénomène du (mauvais) film de Guillaume Canet qui a inversé la tendance… Les « authentiques » locaux et ceux qui viennent en vacances depuis des années se plaignent déjà depuis longtemps de l’invasion des Parisiens et autres « peoples » qui débarquent en masse entre le 14 juillet et le 15 août. Le lieu perd petit à petit de son âme à l’instar de l’île de Ré… Les prix des villas flambent, les signes extérieurs de richesse prolifèrent et le marché du matin devient le spot idéal pour espérer apercevoir des VIP incognitos…
Il est loin le temps des piques niques à l’océan, des balades à vélo tranquilles, des saucisses grillées et des huîtres du Canon…
- Chez Boulan
- Pinasse Café
- Chez Hortense
- L’hôtel de Bataille ( !)
- Le Sail Fish
- Frédélian qui n’avait sûrement pas besoin de la publicité de Pascal Obispo…
Le coup de cœur de l’auteur
Lieu encore relativement épargné (plus pour très longtemps) : le coup de cœur revient au quartier des Bassins à flots ou « Bordeaux Maritime » rebaptisé ainsi par la municipalité. Comme à Nantes ou à La Rochelle, on y trouve une base sous marine en béton armé et relativement délabrée, léguée par les Allemands… Ce lieu irréel accueille maintenant des expositions temporaires, de peinture ou de photo. A ne manquer sous aucun prétexte même pour une simple visite des lieux !
Mais également le Garage Moderne sis rue des Etrangers. En mémoire, une soirée Astor Piazolla inoubliable un jour de fête de la musique, en marge de l’agitation alcoolisée du centre ville… Mais chut, j’en ai déjà trop dit sur ce lieu improbable et insolite…
Développement durable, déconsommation et consors
Comme à New York à l’origine, les jardins et potagers partagés font aussi leur apparition à Bordeaux, notamment à Carle Vernet l’association Friche and Cheap (derrière la gare Saint-Jean) ou dans le quartier Saint Genès avec l’association Bordeaux 5 de coeur. Les AMAP quant à elles, connaissent aussi un succès grandissant comme ailleurs en France…