L’homme qui aimait les bobos
Christophe Honoré n’aimera pas le titre de ce portrait. On espère cependant que ce cinéphile appréciera tout de même le clin d’œil à François Truffaut. Le réalisateur sort aujourd’hui, dans toutes les salles, Les Bien-aimés, son nouveau film dont on vous a déjà parlé lors de sa projection en clôture du dernier festival de Cannes. Cette comédie musicale devrait vous plaire puisqu’elle regroupe une série de personnages aussi bourgeois que bohèmes à différentes époques et évoque leurs histoires d’amour sous une musique d’Alex Beaupain qui décidément écrit de fort jolies choses.
Une étude sociologique des citadins des années 2010
Avec cette comédie musicale, Honoré fait entrer Catherine Deneuve dans un univers dans lequel les bobos que nous sommes nous reconnaissons fortement. Mais il déteste qu’on lui dise cela. il y a quelques semaines, à Télérama qui lui faisait remarquer, il dénonçait “un malentendu”, “une injustice”. “Il n’y a pas plus provincial que moi. (…) Je me suis installé à Paris à l’âge de 24 ans. Aujourd’hui, je me sens toujours autant ‘cousine de province’. (…) Le style parisien de Dans Paris ou des Chansons d’amour tient justement au fait que je n’ai aucun souvenir personnel de la ville.” Défense peu convaincante : les Parisiens d’adoption sont toujours plus clichés que les purs…
Quoi qu’il dise cet ancien critique de cinéma (pour Les Cahiers notamment), père de 41 ans, vit aujourd’hui à Oberkampft (quartier parisien on ne peut plus branchouille) et on le croise parfois au MK2 de Jaurès, avec des chemises Sandro ou Agnès B. Mais peu importe sa vie privée c’est surtout sa filmographie qui transpire le boboïsme. Tant ses personnages que les acteurs qui les interprètent ( Louis Garrel, Chiara Mastronianni, Ludivine Sagnier, etc.), tous incarnent parfaitement leur époque (du moins telle qu’on la vit dans les grandes villes).

Etudiants de quartiers huppés, famille endeuillée, frères paumés, pédés assumés ou en devenir : à travers son cinéma, Honoré observe une caste et décrypte leurs vies dans des différentes situations, à différents moments de leur existence. Comme Chabrol a pu le faire avec les petits bourgeois de Province, Honoré propose une étude presque sociologique des citadins des années 2000/2010. S’il refuse le qualificatif bobo c’est que le monsieur ambitionne de faire un cinéma universel qui puisse toucher n’importe quel habitant de la planète. Mais, à notre humble avis, cela ne s’oppose pas au fait de filmer des bobos.
Quoi que pense Christophe Honoré, les bobos de Paris (et même ceux de Province) se reconnaissent dans ses films. On y voit les rues de nos quartiers, nos soirées, nos looks, notre musique, nos problèmes de riches, nos histoires de cœur. Le saisissant effet miroir ne peut être un pur hasard. Alors que Christophe Honoré soit un bobo ou pas, il est en tout cas l’homme qui parlait à l’oreille des bobos. Il est un de leurs cinéastes préférés, mieux une de leurs icônes.
Bobo Ben

Les Biens-Aimés de Christophe Honoré (2h19)
Avec Chiara Mastroianni, Catherine Deneuve, Ludivine Sagnier Louis Garrel, Michel Delpech (!), Milos Forman, etc.

L’homme qui aimait les bobos

Christophe Honoré n’aimera pas le titre de ce portrait. On espère cependant que ce cinéphile appréciera tout de même le clin d’œil à François Truffaut. Le réalisateur sort aujourd’hui, dans toutes les salles, Les Bien-aimés, son nouveau film dont on vous a déjà parlé lors de sa projection en clôture du dernier festival de Cannes. Cette comédie musicale devrait vous plaire puisqu’elle regroupe une série de personnages aussi bourgeois que bohèmes à différentes époques et évoque leurs histoires d’amour sous une musique d’Alex Beaupain qui décidément écrit de fort jolies choses.

Une étude sociologique des citadins des années 2010

Avec cette comédie musicale, Honoré fait entrer Catherine Deneuve dans un univers dans lequel les bobos que nous sommes nous reconnaissons fortement. Mais il déteste qu’on lui dise cela. il y a quelques semaines, à Télérama qui lui faisait remarquer, il dénonçait “un malentendu”, “une injustice”. “Il n’y a pas plus provincial que moi. (…) Je me suis installé à Paris à l’âge de 24 ans. Aujourd’hui, je me sens toujours autant ‘cousine de province’. (…) Le style parisien de Dans Paris ou des Chansons d’amour tient justement au fait que je n’ai aucun souvenir personnel de la ville.” Défense peu convaincante : les Parisiens d’adoption sont toujours plus clichés que les purs…

Quoi qu’il dise cet ancien critique de cinéma (pour Les Cahiers notamment), père de 41 ans, vit aujourd’hui à Oberkampft (quartier parisien on ne peut plus branchouille) et on le croise parfois au MK2 de Jaurès, avec des chemises Sandro ou Agnès B. Mais peu importe sa vie privée c’est surtout sa filmographie qui transpire le boboïsme. Tant ses personnages que les acteurs qui les interprètent ( Louis Garrel, Chiara Mastronianni, Ludivine Sagnier, etc.), tous incarnent parfaitement leur époque (du moins telle qu’on la vit dans les grandes villes).

Etudiants de quartiers huppés, famille endeuillée, frères paumés, pédés assumés ou en devenir : à travers son cinéma, Honoré observe une caste et décrypte leurs vies dans des différentes situations, à différents moments de leur existence. Comme Chabrol a pu le faire avec les petits bourgeois de Province, Honoré propose une étude presque sociologique des citadins des années 2000/2010. S’il refuse le qualificatif bobo c’est que le monsieur ambitionne de faire un cinéma universel qui puisse toucher n’importe quel habitant de la planète. Mais, à notre humble avis, cela ne s’oppose pas au fait de filmer des bobos.

Quoi que pense Christophe Honoré, les bobos de Paris (et même ceux de Province) se reconnaissent dans ses films. On y voit les rues de nos quartiers, nos soirées, nos looks, notre musique, nos problèmes de riches, nos histoires de cœur. Le saisissant effet miroir ne peut être un pur hasard. Alors que Christophe Honoré soit un bobo ou pas, il est en tout cas l’homme qui parlait à l’oreille des bobos. Il est un de leurs cinéastes préférés, mieux une de leurs icônes.

Bobo Ben

Les Biens-Aimés de Christophe Honoré (2h19)

Avec Chiara Mastroianni, Catherine Deneuve, Ludivine Sagnier Louis Garrel, Michel Delpech (!), Milos Forman, etc.

Je ne sais pas pourquoi les actrices deviennent toujours de bonnes chanteuses, et les chanteurs se révèlent souvent bons acteurs. Depuis 1939, où la jeune Judy  Garland chantait le légendaire Over the Rainbow dans le Magicien d’Oz (au tout début de l’ère des comédies musicales), on a l’habitude de voir des artistes mener double carrière. De Barbra Streisand à Frank Sinatra ou de Julie Andrews à Liza Minnelli ou plus récemment, l’industrie hollywoodienne a toujours su créer des stars qui excellent dans les deux domaines. Des comédiens devenus grâce à cela hyper-populaires.
Contrairement à une idée reçue, la France n’est pas en reste. Mais, grosse différence avec les USA, les actrices qui chantent passent ici pour des femmes branchées et sont uniquement adulées chez les bobos que nous sommes. Ici les comédies musicales sont moins prisées même si elles ont tout de même permis quelques belles prestations – souvenez vous que Catherine Deneuve a fait appel à une doublure vocale pour les films de Jacques Demy (Les Parapluies de Cherbourg, Les Demoiselles de Rochefort ou Peau d’âne). On préfère depuis toujours les Jeanne Moreau, Yves Montand ou Danielle Darrieux qui ont toujours enregistré des chansons en marge de leur films (voire dedans).
C’est le grand Serge Gainsbourg (dont on vous débriefera très vite de la Vie héroïque) qui a institutionnalisé cette mode en faisant chanter toutes les actrices qu’il avait sous la main : Bardot, Birkin, Paradis et Isabelle Adjani qui dans un état proche de l’Ohio a touché le fond la piscine.
Cette tendance magnifiée par le grand Serge a repris de plus belle ces dernières années sous le haut patronage de sa propre fille. Le succès critique et image de 5.55 puis de IRM de l’icône Charlotte ont poussé pléthore de comédiennes à prendre le micro.  Dernièrement on a vu Emmanuelle Seigner (la femme de qui-vous-savez) signer Dingue, un titre décalé servi par un clip loufoque, tout aussi vintage que celui de Beau oui comme Bowie d’Adjani.
Mais ce mois-ci, les cinéphiles-mélomanes n’ont d’yeux que pour Isabelle Carré. Pour son dernier film Le Refuge de François Ozon, le réalisateur a demandé à la comédienne de poser son frêle timbre sur la bande-originale dans un très beau duo avec Louis-Ronan Choisy. Un procédé qui marche toujours pour rameuter nous autres petits péteux dans les salles obscures de notre MK2 préféré, celui Quai de Seine bien entendu !




Bobo Ben

Je ne sais pas pourquoi les actrices deviennent toujours de bonnes chanteuses, et les chanteurs se révèlent souvent bons acteurs. Depuis 1939, où la jeune Judy Garland chantait le légendaire Over the Rainbow dans le Magicien d’Oz (au tout début de l’ère des comédies musicales), on a l’habitude de voir des artistes mener double carrière. De Barbra Streisand à Frank Sinatra ou de Julie Andrews à Liza Minnelli ou plus récemment, l’industrie hollywoodienne a toujours su créer des stars qui excellent dans les deux domaines. Des comédiens devenus grâce à cela hyper-populaires.

Contrairement à une idée reçue, la France n’est pas en reste. Mais, grosse différence avec les USA, les actrices qui chantent passent ici pour des femmes branchées et sont uniquement adulées chez les bobos que nous sommes. Ici les comédies musicales sont moins prisées même si elles ont tout de même permis quelques belles prestations – souvenez vous que Catherine Deneuve a fait appel à une doublure vocale pour les films de Jacques Demy (Les Parapluies de Cherbourg, Les Demoiselles de Rochefort ou Peau d’âne). On préfère depuis toujours les Jeanne Moreau, Yves Montand ou Danielle Darrieux qui ont toujours enregistré des chansons en marge de leur films (voire dedans).

C’est le grand Serge Gainsbourg (dont on vous débriefera très vite de la Vie héroïque) qui a institutionnalisé cette mode en faisant chanter toutes les actrices qu’il avait sous la main : Bardot, Birkin, Paradis et Isabelle Adjani qui dans un état proche de l’Ohio a touché le fond la piscine.

Cette tendance magnifiée par le grand Serge a repris de plus belle ces dernières années sous le haut patronage de sa propre fille. Le succès critique et image de 5.55 puis de IRM de l’icône Charlotte ont poussé pléthore de comédiennes à prendre le micro. Dernièrement on a vu Emmanuelle Seigner (la femme de qui-vous-savez) signer Dingue, un titre décalé servi par un clip loufoque, tout aussi vintage que celui de Beau oui comme Bowie d’Adjani.

Mais ce mois-ci, les cinéphiles-mélomanes n’ont d’yeux que pour Isabelle Carré. Pour son dernier film Le Refuge de François Ozon, le réalisateur a demandé à la comédienne de poser son frêle timbre sur la bande-originale dans un très beau duo avec Louis-Ronan Choisy. Un procédé qui marche toujours pour rameuter nous autres petits péteux dans les salles obscures de notre MK2 préféré, celui Quai de Seine bien entendu !

Bobo Ben