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23 billets comportant le tag cinéma
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“La province ? Ah non (je n’aime pas, ndlr) ! Et je n’y retournerai jamais. On y est prisonnier. Enkysté dans des certitudes. Survivre dans l’anonymat de Paris est tellement dur qu’on est forcé de bouger sans cesse. De s’adapter de jour en jour. En province, tout est réglé. On connaît tout le monde depuis toujours. Même les jeunes ont des discours de vieux : « Ah, je vous connais bien, vous êtes une amie de ma mère ! » L’horreur !”
A Dangerous Method, de David Cronenberg, dans les salles le 21 décembre, est entièrement construit sur un réseau d’oppositions.

L’opposition est au cœur même de l’intrigue : le film révèle les raisons de la rupture entre Sigmund Freud (Viggo Mortensen) et Carl Jung (Michael Fassbender), pères de la psychanalyse moderne, au début du XXème siècle. Les hommes s’opposent à la fois sur leurs théories psychanalytiques : Freud prône l’analyse de toutes les situations par le prisme de la sexualité, ce que conteste Jung, et sur leur vie privée : Freud réprouve la relation de celui qu’il considère comme son héritier avec sa patiente, Sabina Spielrein (Keira Knightley).
Ici, ce sont donc deux conceptions du monde qui s’affrontent, la tradition et la modernité, mais aussi la liberté et l’enfermement. Deux termes contraires qui s’incarnent au sein des personnages : bien qu’engoncés et enfermés dans leurs vêtements, les personnages tentent de se libérer par la parole, Freud et Jung étant les précurseurs de la thérapie par la parole. Alors qu’au contraire, il faudra à Sabina Spielrein se contenir dans un cadre et un corset pour se libérer de sa folie. En effet, la jeune femme d’abord folle à lier - au sens propre du terme sera non seulement soignée, mais finira psychiatre et cette progression psychique est signifiée par une évolution de ses costumes et de sa coiffure
D’un point de vue stylistique, la folie et l’hystérie de Sabina sont contrebalancées par un classicisme de la mise en scène, du filmage et du montage. Là où l’on pourrait s’attendre à des gros plans du visage déformé de Keira Knightley (grandiose, au passage), à des jeux sur la profondeur de champ pour illustrer le doute, David Cronenberg opte pour une sobriété déconcertante. Rien ne dépasse, rien ne vient parasiter l’attention du spectateur, qui peut ainsi entièrement se plonger dans l’histoire. Et c’est finalement de cette opposition, de cette froideur que naît la force du film.
Enfin, qui dit film sur deux psychanalystes, dit film de mots – le film est d’ailleurs basé sur une pièce de théâtre. Les très nombreux, et parfois complexes, dialogues sont le cœur même du film. Ils donnent une leçon d’histoire et offrent par la même occasion à Mortensen et Fassbender de très belles confrontations. Mais ce n’est pas un film bavard, car Cronenberg n’en oublie pas pour autant le corps, objet central de sa cinématographie. Les premières séquences, impressionnantes, dans lesquelles Keira Knightley crie, éructe, se courbe, se tord la mâchoire, les bras, le dos place tout de suite le corps au centre du film. Le corps est également au centre de la relation perverse entre Sabina et Jung. La supériorité intellectuelle de Jung ne lui permet pas de résister à l’appel de la chair, du désir et du plaisir de l’humiliation que manifeste Sabrina. La chair est triste, hélas…
David Cronenberg démontre ici qu’il s’est libéré de ses artifices de l’horreur et de l’épouvante - voire du gore pour explorer plus encore les tréfonds de l’âme humaine.
Le meilleur film de Beigbeder, proclame non sans malice la bande-annonce de L’Amour dure trois ans… son premier film en tant que réalisateur, adapté de son propre roman. L’égoïste romantique est-il aussi à l’aise au maniement des images qu’à celui des mots ?

Au commencement était le publicitaire. Puis s’est fait connaître le chroniqueur pendant que l’auteur affutait ses plumes avant de connaître un franc succès avec 99 francs. On a alors eu Beigbeder animateur, éditeur, intervieweur, parfois acteur même. Dans la longue liste des métiers en -eur, lui restait à être réalisateur. Voilà qui sera réparé le 18 janvier, date de la sortie de L’Amour dure trois ans, l’adaptation de son troisième roman sorti en 1997. Ce film, il a tenu à le présenter d’abord à Saint-Jean de Luz, dans un Pays Basque où il passe de plus en plus de temps et qu’il filme ici amoureusement. L’avant-première fait sens, le public qui compte nombre d’amis, connaissances ou figurants est conquis. Si l’on tâche de résister à sa propre subjectivité en cherchant les failles, il faut bien avouer que l’on se laisse rapidement emporter.
La plume de Beigbeder rend très bien à l’écran et soutenue par le talent de Gaspard Proust pour les dialogues (qui occupe également son premier rôle au cinéma en jouant le héros Marc Marronnier), les répliques cultes foisonnent. “Au XXIème siècle, l’amour est un SMS sans réponse”, “La gloire me permet de coucher avec n’importe qui, mais elle permet aussi à n’importe qui de coucher avec moi” et tant d’autres qui déclenchent toujours de francs éclats de rire. Alors que le box-office français plébiscite actuellement le comique de situation, c’est un plaisir que l’on avait presque fini par oublier et que l’on savoure. Cependant au début, on ressent la difficulté de l’auteur à sacrifier parfois son roman. Incrustées à l’écran, les citations défilent sans que l’on ait vraiment le temps de les savourer. Un procédé que Frédéric Beigbeder explique par son passé de publicitaire qui lui en a donné le goût, à force de traîner sur les tournages.
Pour autant, en passant de spots de 30 secondes à un film d’1h38, a-t-il sacrifié le sens du détail ? Bien au contraire, les clins d’oeil sont partout. Ainsi, lorsqu’apparaît à l’écran un très court extrait d’iTélévision, le bandeau d’information continue annonce-t-il Beigbeder prix Nobel de Littérature en 2012 (notons également que dans cet univers parallèle, Marc Levy rentre à l’Académie française l’année prochaine). Tant pour les répliques que pour ces détails dont on a certainement ignoré la moitié, c’est un film qui gagne à être revu. Ses potes envahissent la distribution sans que cela soit jamais une erreur de casting : Gaspard Proust et Louise Bourgoin tiennent le haut de l’affiche mais JoeyStarr qui embrasse un mec vaut le déplacement à lui tout seul. Frédérique Bel, Jonathan Lambert, Anny Duperey, Bernard Menez mais aussi dans leurs propres rôles Michel Denisot, Ali Baddou, Ariane Massenet, Michel Legrand, Nicolas Rey, Pascal Brukner, Marc Levy, etc. : Frédéric Beigbeder a convié son entourage à la fête, y compris sa fille et sa fiancée. Le potentiel d’acteur de Nicolas Bedos (pour la première fois au cinéma lui aussi) se confirme quand Valérie Lemercier excelle en éditrice cynique.
Beigbeder s’amuse et cela se sent. Le plaisir pris à l’écran et derrière la caméra parvient jusqu’au spectateur. “J’ai réalisé ce premier film comme si c’était le dernier”, avoue-t-il, lucide sur les conséquences d’un échec. Ainsi a-t-il filmé les gens qu’il aime comme les lieux qu’il affectionne. Le port de Guethary, le rocher de la Vierge à Biarritz, Saint-Jean de Luz : la carte postale du Pays Basque est sublime (et l’on sent toute mon objectivité ici, même si l’accent basque du curé de village n’est pas très crédible). Du côté de Paris, on retrouve évidemment l’Hôtel Amour, le Montana, le Café de Flore et tous ces lieux que l’on connaît bien, qui lui font nous préciser dans un clin d’oeil que c’est un peu “un film de bobos”. Frédéric Beigbeder s’est fait plaisir dans ce film qu’il ouvre par un extrait d’interview de Bukowski, une autre de ses références. “Parfois, quand on écrit des livres ou que l’on fait un film, il faut être un peu égoïste…”, confesse-t-il à l’issue de la projection. Egoïste mais pas onaniste. Sans être un film académique pour les plus puristes des cinéphiles, il ne faut pas avoir peur de citer L’Amour dure trois ans parmi ces films où le plaisir traverse l’écran.
Bobo Bix
L’Amour dure trois ans, en salles le 18 janvier
A lire également, notre interview de Frédéric Beigbeder sur les bobos réalisée en novembre 2010.
Shame : Gloire à Michael Fassbender
Les affaires Tron, et surtout DSK ont révélé au grand jour une addiction honteuse et pourtant loin d’être rare : l’addiction sexuelle. Depuis, journalistes, psys et médecins y vont de leur analyse. C’est dans ce contexte que s’apprête à sortir Shame, le deuxième film de Steve McQueen.
Le réalisateur met en scène Brandon (Michael « Graouw » Fassbender), un trentenaire newyorkais, cadre et addict aux plaisirs de la chair. Tout y passe : coup rapide avec une inconnue dans une ruelle sombre, films porno, masturbation dans toutes les pièces de son appartement – ou les toilettes de son bureau, prostituées etc. Mais qu’est-il arrivé à Brandon ? Quels traumatismes a-t-il pu subir ? Bonne question. Ou interrogation légitime, du moins. Mais inutile de chercher une réponse. Steve McQueen dresse un portrait glaçant d’un personnage dont on ignorera tout ou presque jusqu’au bout. Bien que bouleversé par l’arrivée de sa sœur, qui tente d’établir un lien, une communication avec lui, Brandon reste froid. Et sa seule tentative pour créer l’ébauche d’une relation affective sera un échec cuisant qui le conduira jusqu’aux plus scabreuses profondeurs de son addiction. Impossible pour lui de créer des liens. Cette incapacité à la vie sociale est renforcée par la quasi absence de dialogues, souvent remplacés par de la musique. Lorsque les mots sont inutiles, ou lorsqu’ils ne suffiraient pas, à quoi bon les prononcer ? C’est dérangeant, bouleversant même, tant la plupart des scénarii actuels tendent à développer – parfois à outrance – la psychologie des personnages.
Très vite, une quinzaine de minutes suffisent, pour que surgisse sur Brandon l’ombre menaçante de Patrick Bateman, le serial killer héros d’American Psycho, de Bret Easton Ellis. Même appartement soigneusement aménagé, mais froid et impersonnel, même rapport boulimique au sexe, même froideur extrême. Les meurtres en moins. Mais le sentiment d’inconfort face à ce qui se déroule sous nos yeux reste le même, mêlé à une fascination coupable.
Et, me direz-vous, un personnage aussi étrange ne qu’être incarné par un acteur de génie. Vous avez raison. C’est même grâce à la performance de Michael Fassbender que Brandon risque bien d’entrer au Panthéon des Grands Malades du Cinéma (classement tout à fait personnel mais dont, j’en suis sûre, vous saisissez bien le sens). L’acteur auréolé de succès et couronné de nombreux prix pour son rôle dans Hunger en 2008 (déjà de Steve McQueen), déroule ici une performance toute en force et en retenue, en violence contenue sous une apparente décontraction. Et lorsque la bête se déchaîne, dans les scènes de sexe ou de disputes avec sa sœur, la puissance physique de l’acteur traverse l’écran pour vous frapper en plein plexus. Celui que l’on verra bientôt chez Cronenberg, Soderbergh, Ridley Scott et Jarmush fait définitivement partie des grands.
Ajoutez à cela des trouvailles de montage et un travail sur le son particulièrement soigné et vous obtiendrez le film coup de poing de cette fin d’année.
Shame de Steve McQueen
Avec Michael Fassbender et Carey Mulligan
Sortie le 7 décembre
Mélanie Laurent est passée derrière la caméra. Son premier film, Les Adoptés, sort en salle aujourd’hui. Nous l’avons vu et nous en sommes sortis partagés. L’un aime, l’autre pas.

Il faut du temps pour se débarrasser de Mélanie Laurent dans le premier film de Mélanie Laurent. Celle qui se définit elle-même comme une actrice bobo, a plutôt eu tendance à nous agacer en révélant une susceptibilité à fleur de peau à l’occasion de la sortie de son album. Dès lors, comment estimer objectivement son film, Les Adoptés, sans être parasité par l’image publique de la réalisatrice ?
En endossant le rôle de Lisa, une jeune mère célibataire, jalouse et possessive lorsque sa soeur, Marie tombe amoureuse de son nouveau mec Alex, on peut légitimement se laisser agacer par le côté tête à claques du personnage, capable de faire la gueule parce que Marie zappe le traditionnel brunch familial du dimanche (que celui qui a dit cliché se manifeste de suite !).
Tout au long du film, c’est tout l’esprit bobo que l’on retrouve : une mère (Clémentine Célarié en blonde) qui vit dans un loft, une soeur libraire, l’autre luthière et chanteuse, des appartements entre pièces Habitat et meubles vintage, un Moleskine qui traîne à l’occasion et des références culturelles évocatrices distillées à foison. Un univers familier qui aide à rentrer dans le film, même si l’on a l’impression que ces clichés ont aussi gagné le synopsis des Adoptés, où l’on retrouvé toutes les recettes du cinéma d’auteur français.
Un peu prévisible mais après tout, assez efficace, on se laisse porter par le film en sachant très bien où il nous amène. Les Adoptés n’est pas un grand film mais ce n’est pas un mauvais premier film. On y trouve même des choses très intéressantes qui dessinent une certaine touche Mélanie Laurent. Ce qu’elle évoque comme “des petits riens qui ne constituent pas le film mais qui construisent son ambiance, sa matière, son sens”.
Parfois, la réalisatrice tombe à plat dans une utilisation abusive du flou, même si elle prétend apporter ainsi un recul qu’on n’aurait pas sur une image classique. Mais généralement, on apprécie un sens de l’esthétique très fort sur certains plans, qui ne durent parfois que quelques secondes mais illuminent tout le film. Comme cette petite voiture délaissée sur un carrelage en mosaïque. Une belle image. C’est aussi ça le cinéma.
Bobo Bix
N’ayant rien contre Mélanie Laurent, je suis allé voir son premier film comme réalisatrice sans aucun a priori. Rassurons d’entrée tout ceux qui aiment tant détester le comédienne, elle est assez en retrait de son propre film.
En effet, Les Adoptés est l‘histoire d’une famille (de filles) fusionnelle. Tout tourne autour de sa sœur interprétée par Marie Denarnaud et de la recomposition de cette tribu après sa rencontre avec l’homme de sa vie joué par le trop méconnu Denis Ménochet. On se réjouit de la (bonne) idée d’avoir confié le rôle de la mère à Clémentine Célarié qui sait être touchante quand elle a un rôle consistant. Dans cet arbre généalogique, Mélanie Laurent n’a pas forcement le beau rôle : elle brille surtout par son immaturité.
Autre surprise, la comédienne-réalisatrice a cherché à styliser son film graphiquement en soignant l’image, en lui donnant une patte. Mais le problème c’est que ce genre de procédé fonctionne sur un clip de 4 minutes, moins sur un film de 90 minutes. Du coup, le flou de Mélanie Laurent est vite épuisant. Pire, il contribue à gâcher les quelques scènes importantes du film déjà bien alourdies par des dialogues mièvres.
Son scénario a le même problème, il est vite à bout de souffle et, seules d’énormes ficelles scénaristiques vues et revues dans tous les films français sont utilisées pour nous maintenir réveiller en alerte. Le récit est une succession de clichés dans lequel se cache une insupportable une série de clins d’œil au public bobo (il y a inévitablement un brunch, toutes les cinq minutes on entend parler d’un auteur de littérature anglo-saxonnne inconnu et les références cinématographiques sont très maladroites ). Ce genre d’effet miroir qui nous insupporte. J’ai moi aussi des sœurs qui ont des problèmes de filles pour ne pas avoir envie de les retrouver au cinéma !
Au bout du compte, il ne reste pas grand chose à un film qui se cherche beaucoup, et ne nous trouve jamais. Avec Les Adoptés, Mélanie Laurent voulait montrer ses tripes. Mais avec ce film assez insipide, pas sûr, au final, qu’elle enlève le vernis de superficialité qui lui colle à la peau…
Bobo Ben
Parler ou se taire à jamais
On l‘a oublié aujourd’hui mais le passage au cinéma parlant a fait disparaître une partie des stars des muets incapables de s’adapter.
“Bon maintenant je vais me taire parce qu’apparemment ça me réussit plutôt pas mal, déclarait tout sourire, Jean Dujardin, en recevant en mai dernier à Cannes son prix d’interprétation pour The Artist. Ce film entièrement muet (qui sort demain) rend hommage au cinéma des années 1920. Amusante, la phrase de Dujardin est aussi subtile si on repense à ce pan un peu oublié de l’histoire du cinéma. En effet, certaines stars du cinéma muet ont justement eu tellement de mal à se mettre à parler qu’elles ont totalement disparu de la circulation en quelques années.
En 1927, les frères Warner révolutionnent Hollywood en sortant le Chanteur de Jazz, premier film parlant de l’histoire. Pendant 15 minutes, les comédiens font entendre leurs voix aux spectateurs. “Attendez un peu, vous n’avez encore rien entendu”. La réplique prononcée par Al Jolson est devenue culte. Le succès colossal du film poussa les studios à investir massivement sur cette nouvelle technologie. En 1928 sort Lights of New York le premier film entièrement parlant. En quelques années, tout le cinéma se met à papoter et le muet est rayé du paysage. Les muets aussi.
Pour les acteurs de l’époque, la situation est claire : Parler ou se taire à jamais. Voix criardes, accents prononcés ou difficulté à s’adapter à cette technique, des acteurs disparurent des écrans du jour au lendemain. Remplacés par des acteurs de théâtre, plus jeunes, plus flexibles qui accourent toute l’Europe (comme Marlène Dietrich par exemple).
Même les méga stars qui avaient illuminé les décennies 1910/1920 sombrèrent dans le mutisme. La plus emblématique fut surement Mary Pickford. Surnommée “la petite fiancée de l’Amérique”, la comédienne, qui tourna plus de 200 films entre 1908 et 1930, fut déchue en moins de cinq ans. Elle mit un terme à sa carrière d’actrice en 1933 et resta à Hollywood comme productrice. Même chose pour Douglas Fairbanks, Greta Garbo, Emil Jannings Louise Brooks, Lillian Gish ou Buster Keaton qui furent tous remplacés par une génération de bavards (Clark Gable, Vivien Leigh, Bette Davis, etc.).
Seuls les comiques réussirent à faire rimer mutisme avec box office. Laurel et Hardy, Marx Brothers, Jacques Tati et, évidemment, Charlie Chaplin continuèrent leurs silencieuses pitreries. Avant eux aussi d’être remplacés par de comédies plus modernes basée sur des répliques cinglantes et non plus sur dun un comique de situation. A quelques exceptions près, comme l’excellent The Party de Blake Edwards avec Peter Sellers.
Plusieurs films sont revenus sur ce passage très romanesque du muet au parlant. Le célébrissime Chantons sur la pluie de Stanley Donen et Gene Kelly (1952) où pour sauver un film muet, ses producteurs décident d’en faire une comédie musicale parlante et doivent du coup expulser la comédienne principale à la voix insupportable. Plus sombre, Boulevard du crépuscule de Billy Wilder (1950) plonge dans l’univers d’une star déchue du muet (Gloria Swanson) qui vit terrée dans sa villa et ses souvenirs. Et, enfin, les Feux de la rampe de Charlie Chaplin (1952) où le génial acteur enterre littéralement son personnage de Charlot, présenté comme vieux, usé, fatigué, ruiné et alcoolique. Une scène d’anthologie le met face à Buster Keaton, son ancien grand rival, alors complètement oublié.
C’est tout ce pan d’histoire auquel Jean Dujardin et Serge Hazanavicius rendent hommage. Avec un film muet, qui ironie de l’histoire, va pouvoir faire le tour du monde en raison justement de son absence de dialogues.
Bobo Ben
The Artist de Michel Hazanavicius
Avec Jean Dujardin, Bérénice Bejo, John Goodman
Sortie le 12 octobre
Parigot
Les étudiants réservent souvent de belles surprises ! Cette semaine, nous vous proposions le clip Bobo de merde réalisé par Cécile Tallemet en projet de fin d’études à LISAA. Aujourd’hui, nous découvrons Parigot, un court métrage réalisé en 2010 à l’école George Melies par Axel Digoix, Loïc Bramouillé, Geoffrey Lerus, Mehdi Alavis et Alexandre Wolfromm. Un court métrage qui livre une représentation stylisée de Paris au début du siècle dernier, mélangeant l’esprit des Pixar avec une pincée de style Tim Burton. De quoi patienter en attendant la sortie d’Un Monstre à Paris et nous donner envie d’aller au cinéma vu le temps automnal…
Bon week-end bande de bobos !
Bobo Bix
Un couple épatant cavale après la vie
Évidemment leur film nous a bouleversés. On s’est identifiés à ce petit couple comme nous il faut. Apparemment insouciants, enchaînant bières et soirées, fringues colorées, Roméo et Juliette semblent avoir la vie facile. Le côté nouvelle vague du film sans doute. La musique et l’accumulation de petits plans rapides et joyeux y sont aussi pour beaucoup.
Dans n’importe quelle autre situation, on leur reprocherait cette légèreté de façade. Mais ce style de vie est très vite une carapace qui leur permet de ne pas craquer, de tenir, de se battre pour sauver leur enfant. Le côté bobo de leur couple s’efface devant les bobos du petit Adam. Leur présence l’un pour l’autre est le sujet même du film. L’amour, quoi !
La rumeur cannoise, les critiques dithyrambiques, les kilomètres d’interviews, la Une de Libé : tout ce tapage médiatique nous a fait peur. On a eu tort. Pour une fois les gens ont raison. La Guerre est déclarée est un grand et beau “petit film”. A la fois pop, plein de jeunesse, d’énergie et de vie. Et vu le sujet, c’est tout bonnement un miracle.
Bobo Ben
Un violon sur le toit
Si les séries américaines ont envahi les dimanches soirs télévisés depuis quelques temps, il paraît que TF1 réfléchit à un retour du film du dimanche soir et du mythique générique de Ciné Dimanche (le fameux In The Stone d’Earth, Wind & Fire). Si l’on se réjouit qu’un énième épisode des Experts laisse place à des oeuvres issues du grand écran, on ne se fait pas d’illusion sur la programmation. Et plutôt que de s’infliger l’inexcusable, l’incompréhensible, l’indicible Camping 2, on aime autant faire un tour chez notre disquaire de quartier et vous suggérer nos vieux films préférés.

Il faut bien vous avouer que vos deux bobos de merde adorent les musicals et se précipitent sur ceux qu’ils n’ont pas encore vu. Lorsqu’on tombe sur le DVD d’Un Violon sur le toit, on hésite un peu. La jaquette n’est pas très engageante et puis une histoire qui se déroule dans la Russie du début du siècle dernier n’augure pas de moments forcément joyeux. Erreur. Dès les premières minutes, on se laisse prendre par la puissance de la musique avec Traditions et l’humour pince-sans-rire du personnage principal, Teyve, un pauvre laitier juif père de cinq filles qu’il faudra bien marier (ce que ne perd pas de vue l’insupportable mais attachante marieuse), justement confronté au changement des traditions avec les nouvelles générations dans la Russie du tsarisme et des pogroms.
Premier Oscar de John Williams
Sorti en 1971, ce film américain remporta trois Oscars mérités (sur huit nominations, dont le meilleur film et le meilleur réalisateur) : meilleure musique, meilleure adaptation et meilleur son. Pas de tubes mais des titres musicalement puissants et un air très connu : If I were a rich man (Ah si j’étais riche), popularisé dans le monde entier par Ivan Rebroff. Adapté d’un musical de Broadway (produit par Harold Prince), le film y reste extrêmement fidèle : on perçoit parfaitement les actes, l’histoire est bien amenée et on retrouve des dialogues enlevés dignes de la scène et plus rares au cinéma. Cette fidélité pourra aussi gêner les plus cinéphiles ou les plus réfractaires au genre qui devront affronter un film très long avec ses 3 heures. Fort heureusement, la fidélité est totale : le film reproduit même un entracte, ce qui s’avère judicieux. On reconnaît également le style de John Williams qui signe l’adaptation musicale avec laquelle il remporta son premier Oscar. On relève notamment les chansons Matchmaker, Do You Love Me, To Life, Sunrise Sunset, …
Last but not least, les décors. Toutes les scènes chantées et dansées en extérieur ont été tournées en Yougoslavie dans un décor naturel et non pas dans les studios. Cela se voit et s’apprécie à l’écran avec de sublimes images. Un mot aussi sur les rôles secondaires qui trouvent tous le ton juste dans leur personnage, et tout particulièrement Norma Crane qui joue Golde, la femme du laitier. Un film émouvant, tout en finesse et drôlerie, réellement servi par sa musique, qui met en lumière les changements majeurs de mentalité intervenus au siècle dernier sur les questions de l’amour, de la famille, de la foi et de la tolérance. Sans jamais être niais mais toujours positif et plein d’espoir. De quoi se mettre en forme pour le lundi matin…
Bobo Bix
Vanessa Paradis & M chantent La Seine
La rentrée sera très bobo ou ne sera pas ! Après la découverte d’un teaser de la nouvelle saison d’How to make it in America, voici qu’un extrait du film Un monstre à Paris, film d’animation musical, vient d’être dévoilé, et quel extrait ! Un duo entre Vanessa Paradis et M, les voix françaises du film, qui chantent ici La Seine. Le film qui sortira le 12 octobre raconte “l’histoire d’un monstre qui sème la panique dans le Paris inondé de 1910. Traqué sans relâche par le redoutable préfet Maynott, il demeure introuvable… Et si la meilleure cachette était sous les feux de “L’Oiseau Rare”, un cabaret où chante Lucille, la star de Montmartre au caractère bien trempé ?”
La bande originale sortira elle le 26 septembre, et dès le 19 septembre en digital. La musique a été composée par Mathieu Chedid, sur laquelle chante, évidemment, Vanessa Paradis. On a hâte d’entendre ça !
Bobo Bix
Une palme sublime et WTF à la fois
Robert de Niro et son jury ont attribué hier soir la palme d’or du 64e festival de Cannes à The Tree of Life de Terrence Malick. D’après les festivaliers (dont ses geeks de Cannes Inside), le niveau de la sélection était très bon cette année. Une bonne douzaine de films (sur les 20 en compétition) méritaient de se retrouver au palmarès mais aucun d’entre eux ne se détachait nettement pour la palme. En privilégiant l’américain Malick à Almodovar, à Kaurismaki, à Cavalier et aux Dardenne, le jury à fait un choix. Contestable.
Puisqu’il est sorti dès mardi soir, le jour même de sa présentation cannoise, nous avons déjà pu voir The Tree of life. Nous en sommes venus à bout avec une double impression. Celle d’avoir vu un film sublimement filmé et assommant (dans le bon sens du terme) mais plombé par 50 minutes de grand n’importe quoi.
L’histoire profonde et subtile d’une fratrie élevée par un père autoritaire. La tension familiale monte doucement mais surement vers un drame annoncé dès l’ouverture du film. Cette partie-là de The Tree of Life est magistrale. Les enfants sont parfaits. Jessica Chastain et Brad Pitt aussi. On ne peut plus classique dans le fond mais frôlant la perfection et le sublime dans la forme. En quelques scènes clés, Malick confirme qu’il est un filmeur et un directeur d’acteur génial. Sean Penn, qui joue le rôle de l’aîné des enfants encore hanté à l’âge adulte par le drame familial, apparait un quart d’heure à peine dans un rôle quasi-muet. Mais sa carcasse et son regard dépressif hantent le film de bout en bout.
Mais cette partie (géniale on le redit) est appesantie par 50 minutes censées illustrer la création de l’univers. On y voit de la lave en ébullition et des dinosaures. Le tout sous la très belle musique d’Alexandre Desplat. C’est beau mais on ne comprend pas très bien ce que ça fout là. Dans la salle, quelques personnes se sont faits la malle. C’est idiot car l’autre partie du film vaut la peine d’insister.
Cette séquence très WTF, rappelle la fin de 2001, l’odyssée de l’espace. Mais n’est pas Kubrick qui veut. On n’a pas bien saisit (mais nous étions a-jeun) où Malick voulait en venir et en quoi son histoire était universelle. Faute d’avoir compris, j’ai trouvé le film de Malick frustrant (ce qui est défendable) et un peu pompeux (ce qui l’est moins). Ce n’était visiblement pas l’avis de De Niro, qui, en gros, me fait comprendre que même bobo je suis un parfait ignare.
Bref, j’aurais aimé adorer ce film et me réjouir de son prix mais je n’ai compris ni l’œuvre ni sa palme. Je ne le conseille pas vraiment à moins d’être cinéphile et/ou averti. Mais je suis curieux d’avoir des retours de spectateurs lambdas pas aussi snobs que les jurés cannois !
Bobo Ben
Premier extrait des Bien-Aimés d’Honoré
Voilà un film que nombre de bobos attendent, le nouveau Christophe Honoré, Les Bien-Aimés, avec Catherine Deneuve, Chiara Mastroianni, Ludivine Sagnier, Louis Garrel, Milos Forman, etc. Avec évidemment une bande originale signée Alex Beaupain (récemment passé par notre bobocast).
La majeure partie d’entre-nous devra attendre le 17 août pour courir dans son MK2 le plus proche, mais les plus chanceux pourront le découvrir dès le 22 mai, en clotûre du festival de Cannes. Un festival marqué par les bobos dès le début, puisque c’est Mélanie Laurent qui en est la maîtresse de cérémonie, avec des textes de Nicolas Bedos (lui aussi passé par le bobocast)… On a hâte !
Bobo Bix
Mélanie Laurent, grandeur et décadence
Il y a cinq ans à peine, Mélanie Laurent irradiait. Dans Je vais bien ne t’en fais pas de Philippe Lioret (qu’ironie du sort, France 3 diffuse ce soir), la comédienne, déjà aperçue dans Embrassez qui vous voudrez et De battre mon cœur s’est arrêté, trouvait le rôle dont rêvent toutes les aspirantes comédiennes. Le temps d’une séance de 2 heures, elle se faisait un nom et un place dans le cœur des Français (et allait recevoir quelques semaines plus tard le César, mérité, du jeune espoir féminin).
Dans ce film faussement mainstream (900 000 entrées à l’époque), plus profond qu’il ne parait, elle joue une jeune fille tout-le-monde confrontée à la disparition mystérieuse de son frère jumeau. On a tous été touché par la comédienne (photographiée ici par l’excellent Olivier Roller) devenue, d’un coup d’un seul, la coqueluche du cinéma français.

Mélanie Laurent enchaîne alors les tournages prestigieux avec Cédric Klapisch (Paris) ou Radu Mihăileanu (Le Concert). Elle joue, délibérément, davantage la carte grand public que celle du cinéma d’auteur, créant du coup une filmo sans risque et un peu décevante… Mais son petit look très Maje/Sandro/APC/et compagnie, en font l’incarnation de la parisienne de base, voire même une icône bobo que l’on croise, de temps en temps, à la Palette avec son copain de l’époque Julien Boisselier et ses potes du 7e art. Bref, il fut une époque pas si lointaine, où Mélanie Laurent, un poil surcotée, faisait l’unanimité à Paris. Et on trouvait peu de gens pour oser une critique.
Et puis un jour, Quentin Tarantino l’a choisie pour jouer une petite frenchie dans Inglourious Basterds, qui est loin d’être le meilleur film du cinéaste (pour ne pas dire son plus mauvais). Pour être honnête, Mélanie n’y est pas vraiment terrible. Mais après tout, Brad Pitt non plus. Les critiques commencent à fuser, d’autant que beaucoup jalousent cette participation.
C’est le moment où elle décide de passer derrière la caméra et, surtout, de pousser la chansonnette sous le patronage de Damien Rice, son nouveau boyfriend. Le touchant chanteur irlandais l’a aidé à écrire quelques chansons. Le résultat, l’album En t’attendant, sort le 2 mai (et déjà en digital). Pour l’écouter depuis 3 semaines, En t’attendant n’est certes pas l’album du siècle mais il est assez attachant. Et, si vous aimez la chanson française, plutôt réussi (et bien plus audible que le dernier Charlotte Gainsbourg, cqfd).
Depuis quelques semaines, la comédienne, qui s’est risquée au Printemps de Bourges, doit faire face à des critiques de plus en plus violentes. Certes, elle monopolise les médias (deux films en salles depuis janvier, un album et un rôle de maitresse de cérémonie à Cannes). Elle a asséné pas mal d’âneries dans les magazines et a affiché, sur de nombreux plateaux de télé, l’assurance de ceux qui ne se prennent pas pour de la merde. Elle a même osé faire son coming-out de bobo dans l’Express, ce qui reste mal vu dans un pays en crise.
Et là c’est le drame… Visiblement à cran face à ce revirement critique et ce changement de statut, la Mélanie a fait the boulette. Dans une rencontre a priori tranquille avec le public à Bourges, elle a critiqué internet et Facebook. Filmée par le site Leberry.fr, la séquence a évidemment fait le tour du web et déchaine les passions. Pour laisser passer la tempête, la comédienne devrait se faire plus rare mais, manque de chance, elle est en tournée donc plus exposée que jamais. Elle va devoir serrer les dents et être habile pour redevenir l’icône bobo qu’elle était jadis et oublier cet excès de rage, tout aussi injustifié que ce concert de louanges qui avait accueilli la sortie de Je vais bien ne t’en fais pas. Il y a 5 ans à peine.
Bobo Ben

“La qualité d’un film ne se mesure pas au nombre de billets vendus” a déclaré Gilles Jacob, ce matin, avant d’annoncer la sélection de la 64e édition du festival de Cannes. Une fois de plus, cette certaine vision du cinéma, exigeante et artistique, est âprement défendue par le plus grand festival du monde qui fait fi, du moins dans sa compétition, de toute compromission mercantile. Au risque de voir ce noble militantisme passer parfois pour du snobisme.
Ainsi, la sélection présentée ce matin est rigoureuse avec des cinéastes aussi austères que confirmés comme Alain Cavalier, les frères Dardenne, Aki Kaurismäki, Nuri Bilge Ceylan ou Lars von Trier qui aura tout de même la gentillesse de nous emmener notre icône Charlotte Gainsbourg. Il y a aussi son lot de cinéastes inconnus venus de pays plus ou moins lointains (Nicholas Winding Refn, Markus Schleinzer, Takashi Miike, Joseph Cedar, Naomi Kawase, etc.), qui nous réservent probablement quelques surprises.
On se rejouit de la sélection de Pedro Almodovar, le star du cinéma européen, avec La Piel que Habito (avec Antonio Banderas) et de Terrence Malick, cinéaste américain déjà légendaire, qui a la particularité de ne jamais s’exprimer devant une caméra (ça va être sympa s’il choppe un prix) et d’avoir attendu 20 ans pour se remettre pour refaire du cinéma après son film culte Les Moissons du ciel. The Tree of Life avec Brad Pitt et Sean Penn devrait être LA sensation de cette quinzaine. Sinon , en compétition on se félicite des sélections de Radu Mihaileanu, du brûlot Habemus Papam de Nanni Moretti (avec Michel Piccoli dans le rôle du Pape) et de Polisse de Maiwenn (dont la présence à Cannes de Polisse nous surprend tout de même beaucoup).
Les amateurs de cinéma grand-public se tourneront vers les films hors-compétition comme Pirates des Caraîbes 4 (avec Johnny Depp et Peneloppe Cruz), Le complexe du castor de la sublime et bobo Jodie Foster (avec le grassouillet et pas bobo Mel Gibson), du nouveau Woody Allen et, surtout, de La Conquête de Xavier Durringer sur les coulisses de l’élection de Sarkozy en 2007, qui devrait faire grincer des dents au Chateau. Un des films les plus attendus de cette sélection.
Bobo Ben
Le Discours d’un roi qui fait le job
C’est l’histoire d’un mec, il est bègue. Ce qui pourrait commencer comme un sketch de Coluche se retrouve archi-favori dans la course aux Oscars avec 12 nominations. Pourquoi ? Réponse en 5 points.

Les cinéphiles les plus avertis pourront regretter l’absence de surprise réelle du film, répondant à la perfection à tous les codes du genre. Dans les dîners en ville, on pourra jouer les cyniques en y voyant un film bon élève, formaté pour rafler tous les prix (et c’est déjà le cas). On peut parfaitement jouer le hipster qui refuse tout ce qui est susceptible de toucher le grand public. On peut aussi se contenter d’apprécier ce qui est un vrai moment de cinéma, déjà un classique et surtout un bon film qui fait le job : nous émeut, nous fait rire, nous transporte. C’est déjà beaucoup, non ?
Bobo Bix