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Où est passée la classe moyenne ?

La classe moyenne a vu naître les bobos. Depuis, la crise est passée par là. Si l’on croise toujours plus bobo que soi, on ne peut plus ranger tous les bobos dans le même panier…

Bourgeois ou bohème, il a longtemps fallu choisir. Depuis, on a vécu la révolte de mai 68, l’accession au pouvoir de la gauche un 10 mai 1981 dont on célèbre les 30 ans et on a constaté la fin des idéologies en 1989 avec la chute du mur de Berlin. Tous ces événements ont favorisé l’émergence d’une classe moyenne devenue la classe dominante, bourgeoise ET bohême, rebelle ET consumériste. En 2000, à New York, David Brooks mettait un nom dessus et inventait les bobos qui ont depuis trouvé un terreau favorable dans les grandes capitales européennes. A l’époque, ils colonisaient le Canal Saint-Martin, vivaient dans des lofts design et n’imaginaient pas troquer leur cher 4x4 contre un Vélib’ qui n’existait pas encore. Aujourd’hui, ils se résignent à passer le périph’ pour trouver un appart du côté de Montreuil ou Saint-Ouen, consomment toujours bio… jusqu’au 15 du mois. La crise est passée par là et n’a pas épargné les bobos.

Que reste-t-il de cette classe moyenne qui a fait le lit des bobos ? Editorialiste aux Echos, Jean-Marc Vittori évoquait déjà en 2009 un effet sablier : “les classes moyennes ont raison d’avoir peur. Car dans notre société, il n’y a plus rien de « moyen ». Plus de produits moyens, plus d’emplois moyens. Il ne reste que des gros moyens et des petits moyens. Tout ce qui ne grossit pas est condamné à maigrir. Il n’y a plus de stabilité. (…) La société ressemblait à une pyramide, où tous les échelons intermédiaires constituaient les classes moyennes. La révolution de l’information écrase le milieu ! Les uns sont propulsés vers le haut. Les autres descendent. À la pyramide succède un sablier.” Un effet sablier qui causerait la mort des classes moyennes puisque certains rejoindraient les classes supérieures quand d’autres, victimes d’un déclassement social, retrouveraient les classes populaires.


Nicolas Bouzou : le chagrin des classes moyennes par FranceInfo

Une fracture que constate également Nicolas Bouzou, dans son ouvrage plus récent sur Le Chagrin des classes moyennes, où il évoque notamment ces bobos, qui “sortent par le haut de la classe moyenne” (voir la vidéo ci-dessus entre 4’30 et 5’30), tirant leur épingle de la crise et suscitant ainsi quelques animosités de par un comportement jugé hypocrite. Les néo-prolos rejoignent-ils pour autant les classes populaires ? Pas évident de lâcher un mode de vie où la culture et les loisirs dominent, le bobo peut renoncer au Monoprix, il sera plus réticent à lâcher son MK2. Mais sortir d’une classe sociale chouchoutée par la société de consommation donne aussi le sentiment d’avoir été abandonné par le politique, favorisant ainsi un populisme galopant en Europe.

En 1981, Mitterrand a été porté au pouvoir par le “peuple de gauche”, “une formule politique qui sert à traduire comment, à un moment donné, des catégories sociales se sont transcendées dans un élan commun”. En 1995, Chirac a gagné en surfant sur le thème de la fracture sociale. Pour 2012, Patrick Buisson prédit que ce sera “bobos contre prolos”, une opposition dangereuse… Si Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen se disputent l’étiquette de “candidat des prolos”, pour retrouver l’Elysée 30 ans après, la gauche devra-t-elle présenter un “candidat des bobos” ou retrouver l’union des classes moyennes ?

Bobo Bix

Les pires truands de la planète sont comme moi. Ils financent la lutte contre le paludisme, créent des écoles en Afrique, investissent dans l’éolien. Ils invitent Nelson Mandela à leur anniversaire. Ils écoutent Bono comme le Messie, veulent serrer la main d’Angelina Jolie. Ils passent leur week-end dans leur Bionic, un sous-marin individuel de luxe. Ils fuient le monde, le survolent en jets privés. Dans les journaux, sur les recommandations de leur directeur en communication, ils s’affichent en Prius. Ils cherchent une rédemption dans l’art, investissent dans n’importe quoi. Je suis un enfant du fascisme occidental. Je veux appuyer sur la touche “échappe”. J’ai tout.

Flore Vasseur, Comment j’ai liquidé le siècle (Editions des Equateurs, 2010).

Depuis que Frédéric Beigbeder ne sait plus écrire que sur Frédéric Beigbeder, un peu las, nous nous cherchions un nouvel auteur bobo fétiche… L’a-t-on trouvé avec Flore Vasseur, que Le Point présente comme “la petite soeur française de Bret Easton Ellis” ? La lecture (en cours) de son second roman, Comment j’ai liquidé le siècle, nous ravit par son rythme, par son style et par son humour. Un roman d’actualité, jouant autour de la théorie du complot et de la crise financière actuelle, en imaginant un trader qui fait sauter le système pour mieux le sauver. Sacrément cynique, on ne peut pas s’empêcher de repenser aux unes de journaux de ces derniers mois avec ironie. Tout comme la citation ci-dessus, appliquée aux grands patrons, n’est pas sans rappeler, à une toute autre échelle, notre propre hypocrisie à nous, bobos. On trie nos déchets, on mange bio, la Croix Rouge a droit à un prélèvement mensuel mais nous sommes et restons des purs produits de la société de consommation. Nous avons tout. Serions-nous, nous aussi, des enfants du fascisme occidental ?

Bobo Bix