Bobodemerde
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Les pires truands de la planète sont comme moi. Ils financent la lutte contre le paludisme, créent des écoles en Afrique, investissent dans l’éolien. Ils invitent Nelson Mandela à leur anniversaire. Ils écoutent Bono comme le Messie, veulent serrer la main d’Angelina Jolie. Ils passent leur week-end dans leur Bionic, un sous-marin individuel de luxe. Ils fuient le monde, le survolent en jets privés. Dans les journaux, sur les recommandations de leur directeur en communication, ils s’affichent en Prius. Ils cherchent une rédemption dans l’art, investissent dans n’importe quoi. Je suis un enfant du fascisme occidental. Je veux appuyer sur la touche “échappe”. J’ai tout.

Flore Vasseur, Comment j’ai liquidé le siècle (Editions des Equateurs, 2010).

Depuis que Frédéric Beigbeder ne sait plus écrire que sur Frédéric Beigbeder, un peu las, nous nous cherchions un nouvel auteur bobo fétiche… L’a-t-on trouvé avec Flore Vasseur, que Le Point présente comme “la petite soeur française de Bret Easton Ellis” ? La lecture (en cours) de son second roman, Comment j’ai liquidé le siècle, nous ravit par son rythme, par son style et par son humour. Un roman d’actualité, jouant autour de la théorie du complot et de la crise financière actuelle, en imaginant un trader qui fait sauter le système pour mieux le sauver. Sacrément cynique, on ne peut pas s’empêcher de repenser aux unes de journaux de ces derniers mois avec ironie. Tout comme la citation ci-dessus, appliquée aux grands patrons, n’est pas sans rappeler, à une toute autre échelle, notre propre hypocrisie à nous, bobos. On trie nos déchets, on mange bio, la Croix Rouge a droit à un prélèvement mensuel mais nous sommes et restons des purs produits de la société de consommation. Nous avons tout. Serions-nous, nous aussi, des enfants du fascisme occidental ?

Bobo Bix

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Passant clairement la majeure partie de son temps hors de chez lui, le bobo prend souvent peu le temps de lire… Bien entendu, comme tous ses congénères, il a acheté le pavé de Jonathan Littel, Les Bienveillantes, évoquant partout le Prix Goncourt 2006 comme un chef d’oeuvre de la littérature française mais il n’aura jamais dépassé les trois premières pages d’un livre qui en compte plus de 1 400. Bien sûr, le bobo accompagne souvent une séance de bronzage au Luxembourg ou au Parc Monceau d’un livre, mais le livre aura été soigneusement choisi à La Hune. Le dernier Tristan Garcia, Mémoires de la jungle, est l’indispensable du moment. On bannira le dernier Katherine Pancol ou Guillaume Musso, même si certains les liront en cachette. Quant aux plus à la pointe, leur dernier ouvrage se lit évidemment sur un iPad ! Mais souvent influencés par leurs amis artistes ou directeurs artistique, certains bobos vont vouer une véritable passion pour la bande-dessinée…

Notre dernier coup de coeur en la matière est un roman graphique de 160 pages sorti fin avril chez Vents d’Ouest : L’Invitation, véritable ode à l’amitié en 6 actes. Avec humour, le roman débute sur un test à l’amitié lancé par Léo, à tous ses amis : en pleine nuit, 3 heures du matin, qui sera là pour venir le secourir au beau milieu de la campagne dans laquelle il a prétexté une panne. A défaut de panne, les amis qui ont accouru trouveront du champagne et un Léo qui, derrière son assurance, cache une grande sensibilité, en proie à des doutes sur l’attachement qu’on lui porte, que la suite de la BD expliquera. Certains n’apprécient pas d’être réveillés ainsi en pleine nuit pour une raison qu’ils jugent futile, d’autres auraient préféré être les seuls invités… Sur qui peut-on compter ? Qui compte sur nous ? Dans une vie parisienne où bon nombre de bobos raisonnent en terme de réseau plus que d’amitiés, ce roman graphique invite à s’interroger sur qui sont vraiment nos proches amis ou qui nous voulons compter parmi eux. C’est ce que révèle la touchante amitié de Léo et Raphaël, fil rouge de cette BD : derrière la pudeur masculine et la vie sentimentale qui suit son cours, en amitié aussi on peut vouloir se plaire et séduire… “L’amitié, c’est gérer les affinités, l’amour c’est concilier les différences.” Une invitation que l’on voudrait lancer nous aussi, une BD que nous ne manquerons pas d’offrir à nos amis.

Bobo Bix

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Kikou, tu me manques terriblement.
Pierre Bergé, le 2 mars 2009, en mode kikoolol, dans Lettres à Yves (éditions Gallimard). Sans commentaire.
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Le bobo trahit sa boboïtude précisément en ce qu’il nie son état et sa condition de cliché ambulant. “Ah, non, je suis tout sauf un bobo, beurk. Bon, qui est partant pour aller manger des sushis dans une yourte ce week-end ? Venez, ça va être juste fantastique, en plus j’ai acheté tous les films de Philippe Garrel, on va s’éclater.” (…) On ne naît pas bobo, on le devient. La maturité du bourgeois-bohème se situe généralement vers trente ans.
Géraldine de Margerie, Dictionnaire du Look - Une nouvelle science du jeune (Editions Robert Laffont). Extrait du (large) chapitre consacré aux bobos.