Ceci est un reportage. Précision utile dans la mesure où l’on pourrait prendre pour de la fiction historique ce documentaire sur les samedis soir des jeunes en province. Tourné à La Châtre en Indre (36), nous supposons qu’il s’agit d’un coin paumé de France, que nous sommes incapables de situer et qui nous paraît aussi lointain que la ferme célébrités de Zulu Nyala. Tout dans ce reportage est à des années lumière de nos samedis soirs parisiens (et même de nos samedis soirs provinciaux, lorsque, à jour de nos vaccins, nous nous décidons à passer le périph) !
On n’en rajoutera pas sur les looks, cela serait trop facile… Mais nous pensions que les bals populaires dataient du temps de nos parents, voire grands parents ; nous ne nous souvenions plus du quart d’heure de slow dans les boîtes ; nous croyions réservé aux fêtes foraines l’effet d’écho sur la voix du DJ ; nous avions oublié qu’à une époque, la capote prêtait encore à discussion ; que le garçon s’interrogeait seulement au bout d’un mois de la possibilité de coucher avec sa copine (aujourd’hui, ce serait plutôt premier soir ou pas ?) ; que la bouteille de bière coûtait 10 francs en boîte ; etc… On assiste même aux débuts du tuning ! Après avoir imaginé un instant la possibilité d’une faille spatio-temporelle, on situe approximativement le reportage au début des années 80. Mais, coup de grâce, le générique de fin nous apprend qu’il date de… 1995 !!! Alors on se renseigne auprès de nos grands frères et grandes soeurs, sur ce temps où le portable n’existait pas et on leur demande si leurs samedis soirs ressemblaient vraiment à ça, le verdict nous achève : “Je trouve ça super ! Mes soirées avec mes potes ressemblent encore à cela… C’est pour ça qu’à Paris je vais au Club 79 ! T’es pas un peu parisien toi ?” Thanks God, I’m a bobo !
Bobo Bix
Depuis cet été tous les bobos du 19e - et Dieu sait qu’ils sont nombreux - ne jurent que par le Rosa Bonheur, ancienne guinguette des Buttes-Chaumont reconvertie en bar/restaurant branchouille. Cet endroit pas banal, perdu en plein milieu du parc parisien, dispose d’une grande terrasse très appréciable en été. Mais cette année, l’établissement, victime de son succès, reste ouvert tout l’hiver. Pour y accéder en soirée, il faut utiliser l’entrée nord du jardin (près du métro Botzaris) qui reste spécialement ouverte jusqu’à 2 heures du matin et montrer patte blanche aux gorilles qui vérifient que les clients ne tentent pas une ballade nocturne (ni même un pique-nique) dans le jardin.
Le charme de l’endroit est à la hauteur de sa réputation : le cadre, le bâtiment en lui-même et la décoration valent déjà le déplacement. Le concept est en revanche plus iconoclaste. Point de snobisme au Rosa Bonheur : le bar occupe plus des deux tiers de l’établissement. En début de soirée, des groupes boivent des bières autour de grandes tablées dans un brouhaha qui cache un peu une programmation musicale décalée (Joe Dassin, Michel Delpech, France Gall, Edith Piaf). Plus tard, une énorme foule se trémousse sur de la pop anglaise (Spice, Kylie and co) et sur le rock de Jean-Jacques Goldman (!). Malgré cette programmation musicale parfois améliorable, tout de petit monde a l’air ravi de ce grand before dont la capitale manque cruellement.
Côté resto (réservation indispensable), la carte surprend par sa simplicité. La encore pas de chichi, deux plats seulement sont proposés (donc l’un change chaque jour). Ainsi samedi dernier, par exemple, c’était caille au fenouil ou travers de porc à la purée de patate douce. Une demi-douzaine d’entrées et autant de desserts peuvent venir compléter des menus entre 24 et 28 euros.
Bref, une cantoche soignée et un bar sans prise de tête déjà très prisés dans la capitale européenne de l’ennui. Un endroit rare et déjà indispensable.
Rosa Bonheur, avenue de la Cascade, parc des Buttes-Chaumont, 75019 Paris.
Bobo Ben