Le cas Lana
Faut-il aimer ou détester Lana Del Rey ? L’album n’est sorti qu’aujourd’hui, mais des fans dithyrambiques défendent depuis des mois celle qui a remisé Emmanuelle Béart aux oubliettes de l’histoire des lèvres. Des lèvres qui pourraient être anecdotiques si elles n’étaient l’un des ingrédients esthétiques d’un buzz qui, musicalement, ne reposait alors que sur deux ou trois chansons. Suffisant pour y déceler une nouvelle icône ? Non, mais assez signifiant pour emballer la machine à hype. Pour être dans le coup, il faut avoir un avis avant tout le monde (soit aujourd’hui), de préférence radical, qu’importe que les éléments pour le nourrir soient aussi maigres (un EP de deux chansons, des vieilleries chinées sur le net pour les plus curieux, quelques prestations en live pour les plus chanceux). Et le buzz s’embale, l’ignorer, c’est être hors-jeu.
Lana Del Rey n’en est pas pour autant la coquille vide caricaturée par ses détracteurs. Si le son n’atteint pas systématiquement la perfection de l’image, la sombre mélancolie de ses chansons n’en reste pas moins intéressante. Lorsque sa voix trouve la bonne tessiture (ce qui ne fut pas le cas sur un fameux live qui buzza tout aussi exagérément), elle parvient même à nous procurer des frissons certains lors d’un live pour Canal (malgré un manque de présence scénique et d’aisance). De là à la présenter comme la poupée de son aux mains d’un label qui aimerait en faire une nouvelle Lady Gaga, c’est sous-estimer l’envie d’une demoiselle qui sur-joue la baby doll.
Car si le buzz a lancé la carrière de Lana Del Rey pour la pousser dans les bras d’une maison de disque qui précipita la sortie de ce premier album, ce buzz est aussi responsable de la déception à l’écoute de celui-ci. Au-delà des quatre premières chansons, dont l’excellent Off To The Races, l’intérêt est limité et on tourne vite en boucle avec des arrangements redondants. Les recettes sont toujours les mêmes, ce qui n’étonne qu’à moitié vu les délais restreints de production. Ni véritablement bon, ni réellement mauvais, l’album aurait mérité de n’être qu’un EP avec moitié moins de pistes. L’aimer ou le détester ? On aimerait que le cas Lana Del Rey nous laisse le droit à l’indifférence, car on sort de l’écoute de Born To Die comme on y est entré : dans l’attente d’un premier album qui justifierait le buzz d’espoirs placés en une artiste qui n’est pas prête.
Bobo Bix








